Florence Noiville

La Donation

Editions Stock, 138p.

par Brigit Bontour

C’est dans l’étude feutrée d’un notaire, en  évoquant « le survivant des donataires » ou le « décès du prémourant », le tout dans un silence de mort  ponctué de formules alambiquées, évoquant tout simplement la mort des parents que la narratrice comprend tout à coup la signification d’une « donation entre vifs ».

Bien plus qu’un héritage à venir, cette donation est en fait prétexte à un retour vers l’enfance. Une enfance à priori privilégiée  mais singulière  pourtant, puisque sa mère, une femme merveilleusement belle et douée était dépressive. Elle connaissait comme tout le monde « des hauts et des bas, mais comme c’est une Italienne, les hauts sont très hauts et les bas très bas » selon le résumé du père de famille.

Le passé saute au visage de  l’auteur avec les cris et les larmes de sa mère, ses éloignements dans des « maison de repos », les jugements hâtifs de certains, notamment dans la famille paternelle : « la dépression est une maladie de riches », « il suffit d’un peu de volonté pour s’en sortir »

Autant  d’épisodes douloureux, qui aujourd’hui devant ce notaire patelin lui font se poser la question de la donation : que lui lègue-t-on exactement : un bien, la maison d’enfance ou des gènes défaillants ? Et avec eux la peur de la transmission  de la maladie à ses propre enfants, puisqu’elle se doute bien que sa sœur et elle-même sont également atteints par le mal. Alors faut-il comme Kierkegaard renoncer à avoir une descendance pour stopper la malédiction familiale ?

Lors de ce rendez-vous formel où elle n’hérite d’ailleurs de rien le jour même, puisque qu’elle ne « jouit » que de la « nue propriété» (il serait d’ailleurs intéressant de faire une étude sur les mots ambigus du notariat), elle réussit à pardonner à sa mère d’avoir eu trop de dons, dont celui « remarquable de bousiller nos vies à tous les quatre », à ne voir dans cet acte notarié qu’un acte de paix.

L’auteur, journaliste au monde réussit dans ce court et dense roman à poser les vraies questions : que se joue-t-il entre parents et enfants ? Les seconds doivent la vie aux premiers, c’est entendu, mais faut-il pour cela les en remercier ? 

Certainement pas,  répond Florence Noiville en filigrane .Il faut assumer l’histoire familiale telle qu’elle est, accepter d’en faire partie, même à son corps défendant. Ou ne retenir des épreuves vécues en famille que cette belle formule : « le bonheur parfait : accepter qu’il n’existe pas »

Brigit Bontour