Rachel Cusk

Arlington Park

Editions de l’Olivier, 292p.

 

par Brigit Bontour

VALLEE DE LARMES CONJUGUALES

« Phénomène éditorial », « Sorte de Desperate Housewiwes en plus déjanté », « bonne surprise de la rentrée », la presse n’est pas avare de compliments à l’égard du premier roman traduit en France de Rachel Cusk, Arlington Park.

Pourtant ce livre relatant vingt quatre heures de la vie de quatre femmes au foyer anglaises plutôt frustrées, exaspère plus qu’il n’émeut le lecteur et s’avère décevant.

D’abord il y pleut durant les six premières pages : façon malhabile de planter le décor, de montrer que la vie de ces quatre ménagères de moins de cinquante ans est une vallée de larmes, que leurs maris sont des monstres, leurs enfants des agités et qu’elles s’ennuient à mourir. Certes  des journées passées à boire un café chez l’une ou l’autre ou animées de virées au supermarché n’ont jamais épanoui quiconque. Mais qu’on le sache, ces femmes ont toutes choisi leurs vies, leurs maris : il n’y est aucunement question de mariage arrangé ou de burqua. Elles ont fait des études : l’une d’elles, Juliet brillante élève  qui s’imaginait un destin hors norme est devenue prof à mi-temps, les autres procréent à tour de bras, s’enfonçant encore plus dans leur enfer maternel et conjugual. Enfer relatif, pavé de cuisines trop vastes et de canapés de lin blanc crayonnés par les gamins des autres.

Comme des adolescentes attardées, elles s’étonnent dix ans après leurs mariages que les princes charmants qui devaient leur offrir une vie de rêve se soient transformés en crapauds. En de vils machos qui travaillent trop et ne pensent qu’à eux pendant qu’elles, les pauvres se languissent dans leur banlieue chic et vide.

L’une d’entre elles va jusqu’à affirmer : « mon mari m’a assassinée » ou : « le mariage est l’autre nom de la haine ». D’ailleurs elle va prévenir ses élèves filles :« qu’elles rencontreraient un homme et que tout leur serait volé ». L’émotion ne passe pas, les plaintes de ces vieilles ingénues lassent le lecteur qui ne s’identifie pas. D’ailleurs les quatre femmes . Amanda, Juliet, Christine, Maisie forment comme un bloc compact de rêves ratés, de grandes ambitions foutues, de manque de courage et d’aplomb, sans que l’une ou l’autre ne se distingue autrement que par son prénom. Toutes ont cru exister grâce à un homme par amour, lâcheté ou conformisme, ou les trois réunis, aucune n’émerge du naufrage de la vie quotidienne.

 C’était joué d’avance et l’auteur que l’on compare à tort à Virginia Woolf ne parvient pas à provoquer la moindre empathie à l’égard de ces femmes aux « nénés flasques » et aux journées aussi vides que leurs états d’âmes. Le lecteur ne peut s’empêcher de penser que chirurgie plastique, et entrée en fanfare dans le beau monde du travail serait un remède radical à leurs soucis.

Dans certains passages, pourtant on se prend à penser que Rachel Cusk ne manque pas de talent, qu’il serait intéressant de lire son second roman traduit. Et oui, on avait oublié de vous prévenir : on n’a jamais ri devant Desesperate Housewives, d’ailleurs on ne l’a jamais regardé. Enfin si, le premier épisode pour voir. On n’a rien vu d’autre que des ménagères aigries et pas drôles, on a abandonné !

 

Brigit Bontour