Un roi sans lendemain

Christophe Donner

Grasset 377p.

 

par Brigit Bontour

 

Henri Norden, est chargé d’écrire un scénario sur Louis XVII, l’enfant du Temple. Il commence alors un travail de documentation, de discussions qui n’aboutissent à aucun scénario mais à un époustouflant roman sur Louis XVII et son assassin. Car selon lui ce n’est pas la terreur avec son lot de peurs, de lâchetés qui a tué l’enfant roi mais Jacques René Hébert, le Hébert du Père Duchesne.

Dans un roman éblouissant, Christophe Donner s’autorise toute liberté avec l’histoire de France.

Le scénariste se rend en compagnie d’un acteur à qui il veut confier le rôle d’Hébert à Alençon, ville de naissance du bourreau et capitale de la dentelle. Sous sa plume la dentelle devient une métaphore de la révolution. Norden ou Donner, peu importe, car à ce stade le lecteur est déjà totalement fasciné par l’histoire de Louis XVII et a oublié la fiction du scénario, démontre à son acteur stupéfait que déchirer un ruban de dentelle avec ses dents est « l’acte révolutionnaire par excellence, la déchirure sociale ».

A un autre acteur qui devra jouer Louis XVI, Norden se livre dans un décryptage brillant de l’enfance terrible du Duc de Berry comme la prémonition de celle de son fils trente ans plus tard.
Et c’est ainsi que de chaumières en palais, de bar du Lutétia où l’on reconnaît au passage Isabelle Huppert, en Chapelle de l’Expiation où le narrateur jusque là homosexuel se marie, le martyre de l’Enfant du Temple prend une nouvelle dimension où l’histoire le dispute à la densité romanesque

Le roman de Christophe Donner est dense, bien écrit, bouleversant, sans doute le plus abouti des vingt romans de l’auteu, à qui il faut l’espérer les jurés des prix de fin d’année donneront rendez-vous.

Brigit Bontour