Régine Deforges

Et quand viendra la fin du voyage

Fayard 490p.

par Brigit Bontour

 

 

LE DERNIER VOYAGE DE LEA

Dans le premier tome de la Bicyclette bleue en 1982, Léa a dix sept ans et s’engage dans la résistance. Un peu plus tard, elle combat dans l’Europe en ruines avec courage, et passe par tous les pays en lutte pour leur liberté : l’Argentine des généraux, l’Indochine, Cuba.

Aujourd’hui avec « Et quand viendra la fin du voyage » qui marque vingt cinq années de succès pour sa créatrice Régine Deforges, elle dépose les armes avec une dernière aventure qui la conduit en compagnie de son mari François dans la Bolivie de 1967.

Celui-ci est mandaté par le général de Gaulle pour retrouver et extrader Klaus Barbie. Leur chemin va également croiser ceux de Régis Debray et Che Guevara, auprès de qui s’est engagé le fils de Léa.

L’histoire est comme toujours haletante, chargée de sensibilité, de rebondissements, de héros, de traîtres.

Comme à l’accoutumée la trame historique est réelle mais l’histoire est le fruit de l’imagination de l’auteur qui procède avant la rédaction à un important travail préliminaire : voyages dans le pays, rencontres avec les protagonistes de l’époque et nombreuses lectures.

Et comme d’habitude, le livre plébiscité par le public est relativement ignoré par la presse. Pourtant ce roman qui mêle deux histoires fortes, la traque de Klaus Barbie et la mort de Che Guevara, qui fut aussi l’amant de Léa recèle de belles pages où l’émotion est palpable » Quelques jours avant sa mort, Che Guevara, « un homme crasseux aux cheveux en broussaille, aux vêtements sales et déchirés, au souffle court et rauque, qui ressemblait déjà à un cadavre » lit pourtant les Fleurs du mal sous la pluie et écrit dans son carnet : »Jour d’angoisse, au point que nous avons pensé que ce serait le dernier ». Peu après cette icône de la liberté sera capturée et fusillée par un pitoyable soldat ivre mort.

 

La saga avait commencé par une commande de Jean Pierre Ramsay qui souhaitait publier des remakes modernes de grands classiques de la littérature. Régine Deforges choisit de revisiter Autant en emporte le vent en plaçant l’intrigue sous l’occupation. La suite est connue et forme à elle seule un roman.

Après le succès immédiat et massif, -dix millions d’exemplaires vendus pour les trois premiers tomes, la bicyclette bleue, le Diable en rit encore et 101, avenue Henri Martin-, la tempête se déchaîne : les héritiers de Margaret Mitchell attaquent la romancière en justice en France et aux Etats-Unis. Ils seront déboutés mais les procès dureront dix ans coûtant beaucoup d’argent à l’auteur qui accèdera en même temps à une notoriété mondiale

Avec cette saga qui se clôt aujourd’hui sur un dénouement qui laisse l’avenir de l’héroïne en suspens, Régine Deforges trouve sa place dans la lignée des romanciers fleuves du XIX ème siècle, à l’imagination foisonnante qui faisaient les délices de leurs lecteurs attitrés.

Cette critique est parue dans le Magazine des livres du mois de juillet

Brigit Bontour