Cosmofobia

Lucia Etxebarria

Editions Héloïse d’Ormesson, 382p.

 

 

 

 

 

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par Brigit Bontour

 

TRAGI-COMEDIE A MADRID

Dans un tourbillon de personnages tous aussi allumés qu’attendrissants, Lucia Etxebarria nous entraîne dans le quartier Lavapiès à Madrid. Une enclave populaire peu à peu investie par les bobos, mais gardant encore une forte identité cosmopolite.

Monica qui a refusé un jour de jouer dans un film d’Almodovar alors qu’il était encore inconnu a réussi sa vie. Que serait-elle devenue si elle avait suivi le trajet du cinéaste : star internationale ou héroïnomane « car dépourvue de la maturité suffisante pour affronter les aléas de la notoriété » : Nul ne le saura jamais, on n’a qu’une vie et qu’une seule possibilité de choix : continuer.

Dans ce livre sur les « occasions perdues ou saisies », il y a Anton, Oscar, Mohamed, Amina : des gens qui se connaissent ou non, se croisent ou non, vivent plutôt bien ou très mal s’aiment ou se haïssent, ont fini de s’aimer ou tombent amoureux. Autour du Centre associatif qui sert de ralliement à tout le monde, courent des enfants surexcités autour d'un ballon de foot, provoquant immanquablement la fureur du SDF local.

Les mères se racontent : elles sont battues, bafouées, abandonnées. Les plus jeunes comme Sonia surnommée la Teigneuse, télé opératrice et serveuse en minijupe très courte le soir rêvent encore dans ce melting pot où peintres et mannequins affluent. Les plus âgées comme Susanna dite la Noire, fiancée de Silvio, l’infidèle semble avoir compris l’absurdité de la vie mais serait prête à l’aventure avec le bel Ismael, homme aussi improbable que Silvio qui n’est pas revenu depuis des jours.

« Ce quartier est multiculturel, mais interculturel, ici personne ne se mélange dit-elle : Difficile de démêler le vrai du faux dans ce jugement, car si riches et pauvres restent ensemble et n’ont pas le même train de vie comme partout, leurs préoccupations sont souvent communes puisqu’elles tournent autour de l’amour, du désir, des enfants, de la chance.

Inévitablement on pense à Short cuts de Robert Altman avec ses courtes séquences dont chacun est tour à tour le héros avant de se retrouver pour un final éblouissant. A Almodovar aussi pour la tendresse que Luxia Etxebarria éprouve pour ses personnages si nombreux que le lecteur se perd parfois en route et a besoin d’un Dramatis Personnae, un index de tous ceux qui font irruption à un moment ou à un autre dans l’intrigue

Auteur de plusieurs romans dont Un Miracle en équilibre, Lucia Etxebarria est considérée en Espagne comme La romancière, aussi connue que Gavalda ou Nothomb en France pour sa façon délicate et efficace de dépeindre les gens dans un fourre tout qui semble totalement déjanté ; des récits picaresques et foisonnants ou l’humanité et la dérision sont les atouts principaux.

Cette critique est parue dans le Magazine des livres du mois de juillet

Brigit Bontour