Préjudice irréparable

Joseph Klempner

Albin Michel 325p.

 

 

 

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par Brigit Bontour

Dans l’Amérique puritaine d’aujourd’hui, mieux vaut ne pas être un père divorcé, heureux, vivant aussi sainement que possible une jolie relation avec sa fille de 7 ans. Tous les deux se débrouillent, s’amusent, elle le fait rire, lui donne des idées pour son manuscrit. Bref la vie de Stephen Barrow et de sa fille Penny serait parfaite, s’il gagnait un peu plus d’argent, mais ce n’est qu’un détail et si surtout il n’avait pas eu l’idée saugrenue de faire des photos de Penny dans son bain. Des photos banales, sauf une qui peut faire germer des idées tordues dans des cerveaux naïfs ou trop intéressés.

En quelques secondes au moment où il va récupérer ses photos au drugstore, sa vie bascule : il est arrêté, sa fille rendue à une mère qui ne se soucie pas vraiment d’elle et est considéré comme un pervers sexuel pédophile.

Alors qu’il est démoli par la presse locale, que la justice s’emballe, sans preuves aucune, Stephen Barrow se laisse glisser, couler, part à la dérive dans une prison où il perd le sens des jours puisque la lumière reste allumée en permanence.
Il ne devra son salut qu’à Térésa une jeune journaliste qui a tout de suite compris qu’il était incapable d’avoir commis ce pourquoi on l’accuse, son avocat et sa petite fille qui venant témoigner le jour du procès offrira un dénouement inattendu et presque immérité pour son père.

Car lui ne s’aide pas, c’est le moins que l’on puisse dire, il s’enferre dans son malheur en vient même à se demander si par hasard, il ne serait pas coupable et cerise sur le gâteau, la « kidnappe » une heure lors d’une de ses rares permissions de visite pour une virée au Mac Do.

Le personnage de Joseph Klemper, s’il est parfois énervant à force d’apathie, de résignation démontre l’extraordinaire capacité de la justice américaine à produire de l’erreur judiciaire en série.

Parce-qu’une employée de drugstore a manqué de discernement, qu’un juge est en mal d’avancement, qu’une psychologue non assermentée, va pour gagner de l’argent tronquer le témoignage de la petite fille, que la mère de l’enfant veut à tout prix faire payer son ex, celui-ci va se retrouver en prison ne pouvant payer la caution de cinquante mille dollars et y serait resté quelques longues années si de bonnes âmes ne s’étaient penchées sur lui.

Le processus décrit par Joseph Klempner est implacable, ahurissant, mais s’il est présenté comme un roman, il décrit une histoire qui s’est réellement passée.


Brigit Bontour