Philippe Besson

Se résoudre aux adieux

Editions Julliard 188p.

 

 

 

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par Brigit Bontour

La narratrice Louise écrit à Clément, l’homme qui l’a laissée tomber, des lettres sans espoir de réponse. L’histoire du dernier livre de Philippe Besson ne tient qu’en une phrase. C’est court, mais bouleversant.

Elle quitté Paris pour ne pas risquer de le rencontrer par hasard dans un restaurant, de prendre le même bus que lui et parcourt désormais le monde : La Havane, Venise, New York, sans même espérer l’oublier, peut-être seulement se « délester de la douleur entassée. Un peu ».

Elle ne prétend pas être guérie, « mais seulement avoir l’élégance de ne pas indisposer les bien-portants ». Alors elle lui écrit des lettres envoyées comme des bouteilles à la mer. Elle lui envoie des missives délicates, magnifiques, idéalise celui qui est parti, puis souhaite que tout comme elle, il ait vieilli, ne soit plus l’homme parfait qu’elle connaissait. Elle n’est pas dupe, elle sait bien qu’au fond elle n’écrit que pour elle, pour interroger leurs liens : «  on n’écrit jamais pour les autres, on n’écrit que pour soi. On prétend dialoguer, mais tout n’est que soliloque ». Un beau jour elle décide rentrer parce que « les lieux eux-mêmes ne sont rien ; les voyages, les exils. Ils sont une simple diversion ». Et c’est justement en trouvant le courage d’interrompre cette course effrénée autour du monde qu’elle se retrouvera, s’affranchira de l’aimé, ne marchera plus dans ses pas.

A priori, le nouveau livre de Philippe Besson peut étonner : le roman épistolaire est un genre assez peu répandu, dépourvu d’action, demandant une certaine grâce d’écriture, une élégance, du temps, tout ce dont l’époque est dépourvue, et lui avec le chagrin d’amour d’une femme, il parvient à captiver son lecteur.

Mais en connaissant mieux son œuvre, on connaît et aime sa propension à se glisser dans la peau d’une femme comme dans « Les jours fragiles » où il avait investi le personnage de la sœur d’Arthur Rimbaud et son goût d’écrire de très belles lettres. Alors quand il réunit ces deux penchants, on ne peut qu’admirer le résultat et rester muet d’admiration.

Brigit Bontour