La ménagerie de Versailles

Frederic Richaud

Editions Grasset 194p.

 

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par Brigit Bontour

Pour s’attirer les faveurs de Louis XIV, et peut être avoir un jour le privilège de transporter sa chaise perçée, le très désargenté marquis de Dunan est prêt à tout, mais le roi ne le remarque pas.

Le roi émet le souhait d’étoffer sa ménagerie ? L’optimiste marquis à qui personne ne demande rien va alors financer un voyage au Sénégal grâce à ses charmes vendus très cher à d’antiques comtesses afin de rapporter lions et antilopes, girafes et éléphants.

Il affrète un navire et embarque avec un embaumeur peu doué pour son art, dont les créatures se putréfient au fur et à mesure, mais habile en dessin.

Et voici notre marquis en Afrique, qui laissant le soin à ses hommes d’aller chasser le gibier traquera pour sa part à des proies féminines : les femmes et filles des expatriés du dix septième siècle dont l’auteur nous offre une savoureuse description. Si le voyage de retour est un cauchemar - les trois quart des animaux meurent dans une tempête- l’embaumeur embaume à tour de bras, l’arrivée en France et à Paris est un triomphe. A Versailles, c’est autre chose, le marquis victime d’une de ses idées baroques n’aura pas le temps de montrer sa collection au roi qui par ailleurs trouvera « vulgaire tout ce qui est sauvage ».

Dans cette fable rapide, cocasse et cruelle, les mesquineries et les plumes de la cour de Versailles s’entrechoquent pour toute une population qui n’a qu’un souhait : être remarquée un instant par le roi. Pour n’importe quoi, n’importe comment.

Dans cette foire aux vanités, ce désir d’approcher trop près le soleil, où un marquis trop naïf se brûle les ailes, les animaux ne sont pas les plus stupides et Frédéric Richaud nous offre une belle occasion de réfléchir à la volonté de briller, au désir du pouvoir qui sont des soucis tout aussi contemporains qu’à la cour du Roi Soleil.

 

 

 

Brigit Bontour