J’habite en bas de chez vous

Brigitte

Oh éditions, 272p.

 

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par Brigit Bontour

 

 

 

Brigitte n’a jamais entendu parler du 115, ou comme beaucoup de gens, de façon distraite elle sait que c’est un numéro d’urgence, mais pourquoi le retiendrait-elle ?

Bien insérée dans la société, elle n’aurait jamais imaginé devoir un jour s’en servir.

Certes son enfance a été cauchemardesque : placée en nourrice à sa naissance puis arrachée par son père à sa seconde famille, sa mère l’a toujours détestée. Toutefois, le temps passant, Brigitte fait des études, trouve un travail, un appartement se fait des amis, bref la vie banale et finalement heureuse. Jusqu’à sa rencontre avec le gérant d’un club de sport qui devient à la fois son compagnon et son employeur. Très vite, il la bat, l’humilie, la trompe. Un soir d’hiver elle s’enfuit sans manteau, sans argent, sans papiers et la chute est brutale. Elle appelle sa sœur qui ne peut pas la recevoir. Elle devient SDF en deux soirées, trop fière pour appeler des amis dont son ami l’avait peu à peu éloignée.

C’est épouvantable la rue pour tout le monde, mais encore plus quand on est une femme : elle doit lutter pour rester propre, continuer à se maquiller mais cacher sa féminité. Les hommes qui vivent dehors sont encore plus machistes que les autres car ils ne leur restent rien que leur prétendue supériorité masculine. Alors elle va vivre deux ans dehors en compagnie d’un autre SDF, assister à la violence quotidienne, à la crasse, à l’alcoolisme ou à la toxicomanie de beaucoup de ses compagnons d’infortune, au meurtre aussi. Elle va se résoudre à un campement Place des Vosges qu’un habitant influent tentera de déloger, « s’accommoder de la faim, mais du froid jamais » rencontrer des assistantes sociales, des bénévoles exemplaires, des policiers très humains, d’autres moins.

Elle s’en sortira parce qu’elle a la force de refuser son statut de SDF, l’alcool, la drogue mais le chemin est long et passe par des foyers de réinsertion et la cohabitation houleuse avec leurs occupants désocialisés. Parce-qu’elle aura le courage aussi de ne pas suivre un deuxième compagnon au bout de sa déglingue.

Le témoignage de Brigitte écrit en collaboration avec Véronique Mougin est terrifiant par ses descriptions mais aussi parce qu’il ravive la certitude ancrée en chacun de nous que tout peut basculer d’un jour à l’autre et que le 115 est un numéro à connaître.

 

 

Brigit Bontour