Jonathan Trigell

Jeux d’enfants

Gallimard Série Noire, 316p.

 

.

par Brigit Bontour

 

 

Jack a vingt quatre ans mais a bien du mal à se débrouiller dans la vie, même pour les choses les plus banales : il a peur d’ affronter la foule dans un marché, s’extasie devant « les rues larges, les maisons hautes, même devant une benne à ordures d’un jaune tournesol éblouissant ».

Au travail, dans ses loisirs, il semble perdu comme s’il n’était jamais sorti le soir boire un verre. C’est le cas et tout se complique encore lorsqu’il tombe amoureux pour la première fois de sa vie : que dire sur lui, sur son enfance, son passé ? Rien ou si peu car tout sonnerait faux. Jack s’est recomposé un présent et un passé avec l’aide de Terry, un assistant social qu’il considère comme son père et avec qui il est relié jour et nuit par un pager.

En effet Jack revient de loin. De l’enfer. A huit ans il a tué en compagnie d’un ami une petite fille de leur classe, « une petite princesse ». Depuis il a purgé sa peine et réapprend à vivre sous une fausse identité mais il a peur : peur de lui, peur des tabloïds qui exploitant l’émotion qu’a suscitée sa sortie ont vieilli son visage par ordinateur et ont publié sa photo. Pourtant dans un premier temps, tout se passe bien, comme si une nouvelle vie était possible pour celui qui a commis l’irréparable.

De façon très habile, l’auteur a construit son roman en vingt six chapitres comme les lettres de l’alphabet et distille peu à peu la vérité sur le jeune homme. Peu à peu la lumière se fait sur le crime horrible commis quinze ans plus tôt, mais le lecteur séduit par la naïveté, la volonté de se racheter du héros se pose très vite la question essentielle : Dans quelle mesure peut-on pardonner, donner une seconde chance  à un criminel fût-il un enfant à l’époque des faits?

S’inspirant d’un fait réel survenu en 1993 où deux enfants de dix ans avaient enlevé et tué un bébé de deux ans avant d’être jugés comme des adultes, et condamnés, Jonathan Trigell un anglais qui vit à Chamonix réussit un parcours sans faute : maîtrise, suspens et empathie pour le personnage se mêlent pour enchanter le lecteur. Ce livre déjà couronné en Angleterre comme le meilleur premier roman de l’année augure bien de l’avenir de la Vénérable Série Noire qui a changé de graphisme et de contenu : plus exigeante et plus profonde.

 

 

Brigit Bontour