Hommes entre eux

Jean-Paul Dubois

Ed. de l’Olivier, 236p.

par Brigit Bontour

Entre Paul Hasselbank, le Toulousain atteint d’une maladie mortelle et Floyd Paterson le canadien à qui on a greffé le cœur d’un meurtrier d’enfant, il n’y avait pas la moindre chance de rencontre. L’un occupé à survivre, l’autre à traquer les grands cerfs dans L’Ontario.
Aucune raison, sinon Anna l’ex-femme de Paul qui a vécu aussi un temps avec le Canadien avant de disparaître une fois de plus. Alors Paul va entreprendre le voyage pour tenter en vain de la retrouver.

Là-bas, il rencontre la brutalité à l’état pur : celles des matchs d’Ultimate Fighting en compagnie d’un homme étrange avec qui Anna a cohabité quelques mois en tout bien tout honneur et surtout celles de la nature déchaînée et du chasseur Paterson.

Pas mauvais bougre en apparence, Floyd Pterson soigne le français pratiquement mourant pendant trois jours alors qu’au dehors l’apocalypse se déchaîne. Impossible de faire un pas dans cette tourmente qui isole les deux hommes dans une maison de bois peinte rouge, « une gouttelette de sang sur un drap immaculé », pas même pour aller chercher les médicaments restés dans la voiture garée à quelques mètres.

Durant ce huis clos improbable de trois jours, Ils se parlent peu, semblent se comprendre, ces nuits où le « canadien murmura à l’oreille du Français des bribes d’histoires ou de poèmes qu’il avaient apprises autrefois » pour qu’il puisse s’endormir et oublier son mal. Mais la tempête prend fin, la lumière revient et chacun repart vers ses activités, avant un dénouement aussi brutal, qu’inattendu. Une fin qui pose la question du mal absolu, qui est en chaque homme et que le lecteur a du mal à assimiler.

Dense, violent, Hommes entre eux tranche totalement avec les derniers livres de l’auteur, « Une vie française » ou « Vous plaisantez monsieur Tanner » pour en arriver à ce qui fait l’essentiel de l’homme : l’honnêteté, le courage, l’animalité terrifiante aussi. Il aura fallu pour cela un long voyage au pays des neiges qui efface les crimes aussi rapidement qu’ils ont été commis.

 

Brigit Bontour