Faut-il brûler la Galigaï ?
de Pierre Combescot

Grasset 302p.

par Brigit Bontour

 

Léonora la jeune blanchisseuse d’une laideur repoussante, entrée encore enfant au service de Marie de Médicis qui avait le même âge qu’elle deviendra au fil des années la Galigaï et suivra la future reine de France, épouse d’Henri IV au Louvre avec son escouade de compatriotes tous aussi nombreux que roués, intéressés, prêts à tout pour réussir..

Elle deviendra son ombre, ayant de l’intelligence pour deux, ayant depuis longtemps « appris à dominer l’esprit de la végétative princesse » et acquis selon la belle phrase de l’auteur «  la maîtrise de l’oblique qui lui servira tant plus tard ». Elle se rendra indispensable à la reine indolente qui n’apprendra qu’à peine le français, mais deviendra experte en intrigues.

Si le destin des deux femmes est lié, la Galigaï travaille d’abord pour elle et pour son mari Concini. Il l’a épousée pour avoir accès aux premiers cercles du pouvoirs, elle l’a choisi parce que nul autre homme n’aurait pu se satisfaire d’une femme « bosselée et noiraude, mal venue, petite, presque contrefaite ».

Ce sont ces deux âmes damnées attelées pour le pire plutôt que le meilleur qui vont amasser une fortune colossale et tous les honneurs puisqu’il finira maréchal de France et marquis d’Ancre en se faisant détester de la France entière. Lui sera assassiné, elle aura droit à un procès mais les deux trouveront la mort au bout de leur voyage.

Faut-il brûler la Galigaï ? est un des livres les plus représentatifs du talent de Combescot : entre L’Italie et la France du début du 17 ème siècle, il y a pléthore de personnages truculents, sournois, malhonnêtes, de procès, de complots, de supplices, d’assassinats : Henri III, Henri IV, Concini et bien sûr la Galigaï. Passent aussi les figures de Sully, du futur Cardinal de Richelieu, d’Aggrippa d’Aubigné.

Les situations sont romanesques à souhait : avant que Marie n’arrive d’Italie, le diamant que le roi a passé au doigt de Gabrielle d’Estrées est celui qu’il reçu lors du sacre à Chartres ; elle se voit déjà reine tandis que la vraie souveraine, Margot vit encore et même s’il ne lui reste rien de sa beauté passée, la grosse dame qu’elle est devenue, assignée à résidence continue à séduire les jeunes pages de son entourage.

Plus tard, Marie, mère du futur Louis XIII détestera autant son fils qu’il la haïra, elle et ses Italiens dans une ambiance plus que délétère.

Les grands et les marauds affluent, Combescot en fait collection et s’il faut parfois un dictionnaire ou une solide culture historique pour démêler l’écheveau entre français et Italiens, l’essentiel est que la langue baroque et pure de l’auteur, son sens de l’intrigue fassent mouche une fois de plus.

 

Brigit Bontour