Vous n’écrivez plus ?

Laurence Cossé

Gallimard 199p

 

 

 

 

 

par Brigit Bontour

Pourquoi écrit-on, pourquoi n’écrit-on plus ? pourquoi la fragile machine s’enraye-t-elle parfois et fait place à la terrifiante page blanche ? pourquoi des écrivains qui ont été connus et reconnus voient un beau jour leurs livres refusés, pourquoi une prof écrit-elle tous les jours durant trois heures installée à la table de la salle à manger en face de son beau-père gâteux, elle qui est si peu lue, dont les livres se sont si peu vendus ? « Mais elle faisait attention à ne pas trop se poser ces questions ». Trop sensibles les questions et qui appuient juste là où ça fait mal. Il y a aussi cette secrétaire d’une maison d’édition qui consigne ses impressions dans un cahier sans jamais oser le publier et qui devient un best seller à sa mort grâce à sa fille qui a trouvé de l’intérêt dans ces pages défraîchies.
Un peu comme l’amour l’écriture est un miracle, un mystère, du travail aussi et de la chance mais surtout un élan, une foi qu’il ne faut perdre sous aucun prétexte car alors l’écrivain apprenti ou confirmé s’arrête et ne reprend jamais.

Dans ses onze nouvelles, Laurence Cossé explore autant de cas de figures que de possibilités d’écrivains. De ceux qui ont  vécu la plus grande gloire et ne sont plus l’âge venu, que des figurants, à l’instar de ceux qui ne dépasseront jamais ce stade et le savent confusément mais continuent pourtant leur dur sacerdoce à la limite de l’inutile.

Bien sûr l’auteur n’apporte pas de réponse puisqu’il n’y en a pas, du moins pas une qui fasse l’unanimité, mais des millions, autant que d’écrivains potentiels, mais son périple autour de la planète écriture est singulier et juste, et vient à point pour nourrir un questionnement très actuel : sur les 600 romans de la rentrée, de combien a-t-on parlé ?

Et pour les 600 à paraître en septembre prochain, combien d’écrivains sont au travail en ce moment sans être même sûrs de figurer dans cette marée qui refluera si vite ?

 

 

 

Brigit Bontour