NOIRE HOLLYWOD.

Wonderland avenue
Michael Connelly
Seuil 13 €.


par Brigit Bontour



Dans les collines de la ville du rêve reposent les restes d'un enfant mort vingt ans plus tôt. Un défi que l'inspecteur Bosch parviendra à relever après une enquête ponctuée de surprises parfois mortelles.

Tout part de la découverte faite au soir d'une promenade par un Labrador sable nommé Calamity : un os. Normal pour un chien. Mais le hasard va s'acharner à exhumer une terrible histoire des limbes du passé. Bouleverser la tranquillité des âmes : cet os est celui d'un enfant mort depuis plus de vingt ans. Le maître du chien est formel : il était médecin. Il s'agit d'un Humérus.
Très vite les analyses vont même révéler que cet enfant a vécu une vie de martyr avant de mourir de mort violente : les traces sur son crâne et les autres ossements bientôt retrouvés ne peuvent mentir. Il a été battu toute sa vie. En est mort un beau jour, ou plutôt un sale jour.
Alors s'agence une histoire assez lente, mais fort bien menée où il s'avère que le policier Harry Bosh s'il déduit vite ne tombe pas toujours juste : le premier suspect se donnera la mort bien avant d'être innocenté. Pourtant son passé de pédophile et sa maison au bas de la colline où reposait l'enfant ont joué en sa défaveur. Plutôt qu de perdre son honneur et son métier, il préfère la mort.
Le père de l'enfant soupçonné ensuite fournirait un autre suspect idéal. Cet ancien acteur presque célèbre dans les années soixante n'est plus qu'un homme ruiné, vivant dans un mobil home sordide sentant la pisse de chat et le mauvais Bourbon.
Abandonné par sa femme désormais milliardaire et sa fille qui espère toujours le retour de son frère, il revêt bien vite les atours d'un assassin. Il avoue d'ailleurs le meurtre avant même que l'inspecteur Bosch n'ait eu le temps de dégainer son magnéto. Troublant. Il lui faudra beaucoup de psychologie et de déductions pour que ses aveux trop rapides et imprécis ne l'emmènent pas plus loin que le tribunal.
L'assassin sera bien sûr arrêté après de nombreuses autres péripéties qui emmèneront Harry Bosh dans une famille d'accueil soucieuse de protéger ses anciens pensionnaires. Il devra survivre au meurtre d'une jeune collègue avec qui il aura noué des liens de nature peu professionnelle. Naturellement il aura des démêlés avec sa hiérarchie qui n'apprécie pas sa nature indépendante, mais finira par gagner son pari : résoudre un meurtre que tout le monde aurait préféré oublier.
Plus que l'intrigue, intéressante, mais qui traîne un peu en longueur, c'est l'atmosphère du roman qui en fait sa valeur : un climat lourd, oppressant, inquiétant. Il s'est passé quelque chose de terrible vingt ans plus tôt et l'enquête a quelque part valeur de mémoire : ne pas oublier qu'un enfant a été battu, trépané, que sa sœur a été violée, que leur mère les a abandonnés à un minable.
Tout l'inventaire d'une misère trop commune et ordinaire qu'un homme blessé comme Harry Bosch ne peut accepter. Peut-être parce-que lui-même fut jadis lui aussi un enfant ballotté de foyer en foyer.
Et comme toute l'histoire n'est finalement qu'une mortelle histoire d'enfants, de violence d'enfant, c'est grâce à un vieux skate board que justice sera rendue.
Mais on n'a pas du tout envie de sourire à la pirouette finale où l'on apprend entre autre qu'il faut aussi se méfier des objets acquis dans les brocantes : le subtil poison désespéré de Michael Connelly aura pénétré loin dans les esprits.


Brigit Bontour