King Kong Théorie

Virginie Despentes

Grasset 158p.

 

 

 

 

 

par Brigit Bontour

Un cri de souffrance pure émane de King Kong Théorie. Qu’est ce qu’être femme, que signifie la féminité ? Adopter le « look chienne de l’extrême » pour plaire aux hommes, les rassurer en même temps en leur disant « regarde comme je suis bonne, malgré mon autonomie, ma culture mon intelligence, je ne vise encore qu’à te plaire » ? ou au contraire rester une « prolotte de la féminité », c’est à dire une femme qui ne vaut rien sur le marché de la séduction, sur qui les hommes ne se retournent pas.

« j’écris en tant que femme non séduisante, de chez les invendues, les tordues, celles qui ne savent pas s’habiller, celles qui baiseraient avec n’importe qui voulant bien d’elles » dit Virginie Despentes. Mais si dans le grand marché de la séduction les femmes moches sont assez mal loties, les hommes ni riches ni beaux ni puissants « ceux ne savent pas se battre, vulnérables qui sont craintifs, timides, » ne sont pas au mieux non plus.

L’idéal féminin n’existe pas, le masculin non plus semble-t-il, alors que reste-t-il pour ceux qui ne savent pas séduire, ne peuvent pas ?

De petits arrangements avec l’absurde, avec les limites, avec l’humain, ce qu’a expérimenté Virginie durant sa vie. Elle a été violée, elle s’est prostituée, elle n’en est pas morte, au contraire, elle en parle de façon rageuse, intelligente. Elle jette des ponts dans le vide : pourquoi les femmes violées parlent-elles parfois et jamais les violeurs, pourquoi le mot n’a-t-il pas la même signification pour les deux sexes ? Et la prostitution, n’est-elle pas plus franche que le mariage dans le cas de nombreuses femmes « qui couchent avec des hommes vieux, laids, chiants, déprimants de connerie, mais puissants socialement. Qui les épousent et se battent pour obtenir le maximum d’argent au moment du divorce » ? Et la pornographie ?

Dans ce livre initiatique, Virginie Despentes dérange une fois de plus et donne un grand coup de pied dans la fourmilière des acquis. Par exemple le féminisme qui selon la version officielle aurait libéré les femmes alors que le message est clair, il est politique : » la femme n’a d’autre perspective d’élévation sociale que le mariage ». Presque quarante ans après mai 68 c’est gonflé de le rappeler, tout comme il est courageux de décortiquer ainsi la mécanique purement mercantile des rapports entre homme et femme. Une bonne occasion pour Virginie de se faire démolir par tout le monde, les bien-pensants, les féministes, les moches, les beaux, « les chiennasses anorexiques et retapées de la télé ». Ce qui rassurez-vous lecteur, est déjà fait.

 

 

 

Brigit Bontour