Mon ami Léonard

James Frey

Belfond 500 pages

 

 

 

 

 

par Brigit Bontour

 

Second livre de James Frey, après l’époustouflant Mille Morceaux qui décrivait de l’intérieur une cure de désintoxication particulièrement  éprouvante, Mon ami Léonard se situe à la sortie de la clinique, lorsque James le narrateur termine  sa peine de prison et tente de repartir dans la vie sans alcool ni drogue. Le livre constitue une suite à peine plus apaisée que le roman initial avec son lot d’épreuves, de morts violentes, de ruptures et d’émotions. Une gageure pour James qui a promis à son ami Léonard de ne jamais replonger, même confronté aux plus extrêmes souffrances, lorsque par exemple, Lili la jeune fille qu’il a connue au centre et qui est devenue sa raison de vivre se suicide.

A chaque instant, Léonard est là, il lui offre du travail de l’argent plus ou moins légal, car il est un chef mafieux de la plus belle engeance, mais qu’importe. Il appelle le jeune homme « Mon fils » et le considère comme tel dans le redémarrage assez hasardeux de sa vie, mais ce père noël aux pieds d’argile, à la santé chancelante ne pourrait rien pour ce héros si fragile, ce surdoué de la destruction si jamais il venait à nouveau à succomber à ses vieux démons, toujours très présents.

Comme dans Mille morceaux, le lecteur éprouve une réelle empathie pour James et tremble pour lui à chaque page, d’autant que dès le début sa vie bascule à nouveau avec la mort de son amie. Le fardeau semble trop dur à porter pour le jeune toxicomane et il paraît évident que James n’y arrivera pas malgré l’amitié qui l’unit à Léonard.

Le suspens est très fort, d’autant plus que l’auteur écrit avec des phrases fortes et courtes : « il est temps de commencer la tuerie » dit-il quand il achète une bouteille de vin, ou encore quand il décrit d’un ton égal la mort de son chien qu’il doit faire piquer et l’absence de son ami qui s’éternise.

 

L’humour est parfois est au rendez-vous quand Léonard rencontre les presque beaux-parents assez policés de James, mais l’émotion naît de l’histoire d’amitié entre le vieux truand et le jeune homme qui n’auraient jamais du se rencontrer ; du vieil homme qui apprend trop tard de son ami que « la liberté vaut tous les sacrifices » avant de disparaître de la façon la plus inattendue et la plus émouvante qui soit.

Histoire d’une amitié hors normes, Mon ami Léonard est la preuve que James Frey est un grand, un très grand écrivain malgré la polémique qui fait rage aux Etats-Unis, l’accusant d’avoir inventé une grande partie de ce qu’il annonçait comme autobiographique dans Mille Morceaux. Comme si un écrivain devait sa valeur à sa façon de relater les faits et non à sa puissance  littéraire et à son imagination fertile.

 

 

 

Brigit Bontour