La Molvanie

Le pays que s’il existait pas, faudrait l’inventer

Santo Cilauro, Tom Gleisner, Rob Sitch

Flammarion

 

 

 

 

par Brigit Bontour

 

Pourquoi ne pas tenter lors des prochaines vacances une destination très hype où personne ne s’est encore jamais rendu ? Un pays béni des dieux, la Molvanie qui n’existe que dans l’imagination de ses auteurs, un trio de comiques australiens possédant le mauvais esprit des guignols de l’info ou du Groland. Le périple dans la patrie de la polka et de coqueluche n’est pas sans risque, mais celui qui aime l’aventure ne sera pas déçu. Dès l’introduction, le voyageur intrépide sait qu’il pourra dans la Chaîne des Postenwalj située au sud de ce singulier Etat-nation continental  « savourer un verre de Zeestum (eau de vie à base d’ail) local en admirant un paysan en costume traditionnel tabassant son mulet ». Il apprendra aussi en parcourant le chapitre  Flore et faune que, la Molvanie jadis constituée de forêts épaisses n’est plus aujourd’hui recouverte que de landes. La faute selon la légende à « Saint Fyodor mais aussi à l’arrivée des tronçonneuses au début des années 1950 ». L’avis des auteurs n’est pas non plus à négliger : dans un encadré l’un d’entre eux, Philippe Miseree affirme avoir vécu une expérience digne de ce nom en se faisant voler portefeuille, appareil photo et…. un rein lors d’une nuit passée dans un hôtel de la capitale.

Pris au premier degré, ce guide de la Molvanie, « le pays que s’il existait pas, faudrait l’inventer » serait la pire publicité que l’on pourrait faire aux ex pays de l’est finissant en ie ou y ; un certain nombre. C’est un pastiche de guide touristique très très méchant, totalement incorrect mais incroyablement drôle publié dans la collection Jetlag. Tout y est faux du début à la fin : les auteurs se sont amusés à inventer le pays, les cartes, l’histoire, les personnages importants, les restaurants décrits comme des vrais : ainsi  «  l‘Oceajana, qui malgré une proximité de la mer toute relative (2000km), propose un large choix de fruits de mer. Le plateau de sushis est à mourir, dit-on. Au sens strict ».

Les travers des guides existants sont  ici exploités au maximum, leur sens du moindre détail parfois anecdotique voir ridicule relevé sans vergogne. Le lecteur saura éviter grâce à des cartes très exactes l’emplacement des nombreux terrains radioactifs, champs de mines, limite entre territoires de gangs ou ville fantôme ou pourra se débrouiller avec le système de conversion un peu particulier qui sévit dans le pays : « 1Litre = 0,26 gallon Us = 6ou 13 Fizls  (mesure nationale) selon qu’il s’agit de vin ou d’eau de vie et selon que le vendeur a consommé l’un ou l’autre) ».

Alors s’il est évident qu’il n’est pas très correct de se moquer à la fois des respectables guides parfois confits dans leur sérieux et des supposées coutumes en vigueur à l’est, la Molvanie est un livre à consulter lorsque le moral est en baisse et qu’une gorgée de liqueur d’ail se fait sentir.

 

 

 

Brigit Bontour