Personne n’y échappera

Romain Sardou

XO éditions 349P

 

 

 

par Brigit Bontour

 

Après la découverte de vingt quatre corps sur le chantier de la nouvelle autoroute 393 entre Concord et Rochester (l’Amérique très profonde), la police locale et le FBI sont sur les dents mais l’enquête a vite fait de s’enliser. Les morts sont trop nombreux, d’âges et d’origines trop divers, les indices trop minces, les meurtres ne peuvent donc  pas malgré les apparences être dus à un  sacrifice de secte ni à un serial killer.

Naturellement les Agents du Bureau s’opposent à l’enquêteur local Stu Sheridan qui pour contrer la toute puissante organisation va s’adjoindre les services d’un jeune professeur en écriture créative, Frank Franklin. Tous deux vont envisager l’inconcevable et résoudre l’énigme en s’intéressant à un étrange romancier  Ben O Boz prêt à tout pour sortir de l’oubli dans lequel il est tombé au fil des ans.

Romain Sardou est aussi à l’aise dans la société médiévale avec son roman « Pardonnez nos offenses » qui le fit connaître en 2002 qu’avec ce thriller moderne, dans lequel il joue avec les figures imposées du genre : médecine légale, rivalités entre FBI et  police du cru. Il s’amuse visiblement à adopter les lois du roman policier en le renouvelant : ici pas de serial killer style Hannibal Lecter, ce serait trop simple et déjà vu, mais un assassin aux modes opératoires multiples, ce qui le rend d’autant plus insaisissable ; le tout dans l’atmosphère confinée d’une petite université d’élite avec ses sociétés secrètes et ses rivalités.

Dans Personne n’y échappera, plusieurs histoires cohabitent avec succès : la trame policière, la quête personnelle de Frank Franklin et le roman d’horreur pure que ne renierait pas Stephen King que l’auteur apprécie. Certaines scènes sont en effet insoutenables mais ne  tombent jamais dans la parodie ou l’exercice de style. L’intrigue habilement construite autour de l’angoissante question de l’écrivain et de ses sources d’inspiration,  de son besoin de vivre jusqu’à la démesure les scènes qu’il va écrire pour être crédible tient en haleine de bout en bout.

Agé de 32 ans, Romain Sardou qui avoue que pour lui « écrire, c’est accéder au summum du plaisir de lire »  a en projet la suite de Pardonnez nos offenses et  en ligne de mire une carrière de grand auteur de polar.

 

 

Brigit Bontour