Henry Parland

Déconstructions

Belfond 170p

 

 

 

par Brigit Bontour

Dans une chambre noire un jeune banquier développe les photos d’Amy une jeune femme qu’il a aimée, un moyen comme un autre de ressusciter la jeune morte, une façon de devenir fou ou du moins encore plus tourmenté qu’il ne l’est. A cause de la mort de son amie bien sur mais aussi et surtout de la relation curieuse qu’ils avaient bâtie tous les deux. Une relation basée sur l’amour peut-être, l’alcool certainement. Elle aimait voir le jour se lever en buvant du whisky, il passait ses soirées brûlé par le cognac. Ils se rapprochaient, s’évitaient, s’enfermaient dans des postures qui ne leur ressemblaient pas toujours. Fréquentaient les mêmes cafés en faisant semblant de ne pas se connaître, se retrouvaient toujours avec une certaine ambiguïté Puis Amy est morte brutalement et le narrateur cherche à la cerner, à la revoir telle qu’elle était et non « telle que les gens t’ont faite depuis, une icône maladroitement peinte » ou peut être à la découvrir lui-même. En effet dans cette histoire d’apparence légère, frivole, les deux protagonistes n’ont cessé de se manquer, préférant la vapeur des cocktails à un amour qui s’avouerait. Comme dans les romans de Fitzgerald que l’auteur appréciait les deux héros sont pris par la fête, l’alcool, un destin trop intense et trop bref.

Déconstructions est le premier et unique roman de Henry Parland mort à vingt deux ans. Classique de la littérature scandinave, cet ouvrage publié dans les années trente dans une version assez éloignée du manuscrit original l’a été à nouveau en 1966. Ecrit en suédois, la langue que l’auteur cosmopolite maîtrisait le moins parmi les quatre autres qu’il parlait, comme un instrument volontairement choisi et non pas imposé dès la naissance, le roman d’Henry Parland a le charme et le trouble des premières œuvres et la nostalgie que procure l’injustice d’un talent interrompu. Même s’il est très abouti, bien mené installant un climat très particulier, on ne peut éviter de se demander ce qu’il aurait écrit par la suite. Un chef d’œuvre comme le laisse entendre les promesses de Déconstructions et les nouvelles et poèmes qui l’accompagnent ou au contraire, pas grand chose, l’auteur ayant succombé à son penchant pour l’alcool déjà très marqué dans sa courte vie ?

 

Brigit Bontour