UN HOMME EN ENFER.

Patrick Cauvin
Le sang des roses
Albin Michel
278p. 16,90 €.


par Brigit Bontour



A mi chemin entre les thrillers de Claude Klotz et les romans de Patrick Cauvin -deux signatures pour un même écrivain- le sang des roses, signé de ce dernier est un livre doux-amer. D'une terrible violence et d'un grand humanisme. Le héros Max Reiner est à première vue un tendre qui n'aimait pas les fleurs. Les a découvert grâce à Agnès qu' Il aime dans la sérénité de Bellevent, un manoir du Val de Loire.
Puis " derrière la splendeur du masque, il y a l'empire Reiner ". Une organisation terrible qui exploite la misère enfantine dans les fabriques de tapis du Pakistan.
Difficile de croire qu'il s'agit du même homme. Et pourtant.
Au bout du monde, Sawendi, un enfant est retrouvé mort dans les cales d'un bateau pourri qui transporte des tapis. Reiner se rend aussitôt sur place : quelque chose a failli dans la belle mécanique bien huilée du trafic. Jamais les enfants vendus par leurs familles endettées ne font parler d'eux. Soumis, détruits dans leurs corps et leurs âmes. Surtout soucieux de ne pas se blesser, ne pas retarder la marche du travail dans la filature. Car alors le sang coule et le châtiment est terrible : le surveillant verse de l'huile bouillante sur la blessure.
C'est ce qui est sur le point d'arriver à Ram, un jeune garçon aux yeux pétillants d'intelligence, et à l'humour fou malgré sa vie épouvantable. Lorsque Reiner surgit et l'emmène : il était un ami du gamin assassiné et lui raconte ce qu'il sait sur sa mort.
A partir de là, le roman s'emballe et devient une course poursuite aussi dangereuse qu'époustouflante pour Reiner et le gamin, bientôt rejoints par Agnès.
Ensemble, ils vont élucider le mystère de la mort de Sawendi et confondre des trafiquants encore plus innommables que les propriétaires de fabriques de tapis.
Il s'agit de tenanciers de bordels où des enfants sont mis à mort devant des caméras. Pour satisfaire les amateurs occidentaux de snuff movies.
Patrick Cauvin ne recule devant rien et entraîne ses héros sur les plus hauts sommets de l'Himalaya. " " le ciel était vide, même les aigles ne volent pas si haut ".
Dans les bazars les plus improbables des zones tribales. Dans les cinémas orientaux où
Ram s'émerveille : " c'était merveilleux le cinéma, ce qu'on voulait qui arrive arrivait. Mieux que la vie. Le contraire même ". Et il n'en finit pas de refaire l'histoire du film en la racontant encore et encore à sa façon.
Mais la promenade à travers le Pakistan n'est pas une partie de plaisir : les sbires des proxénètes sont partout et la mort sera au bout de ce chemin qui peut être aussi charmant que sanglant.
Une belle ambiguïté en tout cas pour un roman vibrant de tendresse et de terreur.

Brigit Bontour