Myrielle Marc

Le Maudit

XO éditions 222p.

 

 

par Brigit Bontour

Vivant dans un moyen âge de légende, un pays du Nord imaginaire, Le Maudit est un jeune homme qui après avoir été jugé pour un terrible parricide est placé en détention auprès du seigneur de Louvars à peine plus âgé que lui dans un château situé loin de tout. Il a été condamné à porter un bracelet diffusant un poison qui le tue à petit feu et provoque des douleurs épouvantables. Funeste bijou qui ne lui est ôté que le dimanche.

Très vite il apparaît que le crime dont on l’accuse ne cadre pas avec la personnalité du prisonnier. Peu à peu cet agréable compagnon, très cultivé noue une amitié certaine avec son geôlier tout en cherchant à plusieurs reprises à s’évader alors que la séance de torture qu’il encourt dans ce cas est terrible. A chaque tentative de fuite, Le seigneur de Louvars doit se soumettre, la mort dans l’âme à lui infliger son châtiment sans comprendre ses motifs forcément dictés par des impératifs qui le dépassent. La perplexité gagne bientôt tous les habitants du château : il semble impossible qu’il soit coupable, mais alors pourquoi ce jugement, ces mystères autour de lui ?.

Dans ce court roman, Myrielle Marc publie comme elle l’a déjà fait pour Orfenor, un texte vieux de quarante ans, écrit lorsqu’elle sortait d’une grave dépression à l’adolescence. Oublié au fond d’une malle puis repris récemment, le texte primitif était selon l’auteur d’une violence terrible, sans une lueur d’espoir ou d’humanité nulle part. Le roman actuel conserve une certaine brutalité médiévale, mais surtout explore les arcanes de la justice, du prix à payer pour une faute avant que le dénouement n’éclaire le lecteur sur cette histoire trop sombre, trop inique pour ne pas dévoiler une surprise finale.

Les personnages qui semblent d’abord taillés d’une seule pièce dans cet hiver qui n’en finit jamais dévoilent peu à peu une personnalité beaucoup plus ambiguë et le parricide devient aussi attachant que celui qui le garde contre son gré mais obéit à son devoir de noble.

Loi, sens du devoir qui prime sur les sentiments, loyauté envers ses origines et l’ordre social : le roman de Myrielle Marc est loin des thèmes abordés dans les romans qui font cette rentrée mais adopte un ton juste, et original entre histoire et conte surnaturel.

 

Brigit Bontour