Réveille-toi Jules Ferry ils sont devenus fous.

Emmanuel Davidenkoff

Oh Editions 224p

 

par Brigit Bontour

COLLEGE : LE MAILLON FAIBLE.

Emmanuel Davidenkoff rédacteur en chef adjoint du magazine Phosphore s’attaque dans ce livre au problème des manuels scolaires. Entouré de six enseignants venus de différents horizons, ils ont ensemble étudié une centaine de livres fournis aux élèves de collège. Le résultat est affligeant et démontre que le collège du 21 ème siècle n’est pas capable d’assumer l’ambition de l’école primaire du 19 ème.

Les manuels « ce morceau d’école qui entre dans les foyers » ont une lourde part de responsabilité dans cet échec : le rappel des connaissances occupe au maximum 20% de leur surface, noyé dans une mosaïque de documents, photos, schémas. Eléments pertinents mais pas suffisants même pour les élèves qui sont capables de noter scrupuleusement le cours et dont les parents ont la culture nécessaire pour les aider à la maison. Une minorité au vu des exemples aberrants relevés au fil des ouvrages qui notent des triangles mous, le mot hypothèse qui a une signification différente en maths, en physique ou en français, les « situations de communication » que découvrent les sixièmes ou « les situations d’énonciation » en cinquième…..

Mais il y a pire : si les manuels collent si peu au vécu de l’élève c’est qu’ils sont le reflet des programmes, eux-mêmes totalement déconnectés du niveau de plupart des collégiens puisque ayant été élaborés lors de l’instauration du collège unique en 1975, ils sont en fait des cours de lycées adaptés au niveau collège. Sachant que les programmes du lycée avaient été mis au point un siècle plus tôt, on peut se poser la question de leur pertinence pour des collégiens du 21 ème siècle.

La massification est passée par-là et si le lycée au temps de Jules Ferry concernait 5 % des jeunes, pratiquement 100% des élèves de plus de 11 ans passent par le collège. Ce qui donne une situation hétérogène incroyablement complexe et ne permet aucunement la même acquisition des mêmes savoirs par tous.

Dans ces conditions, l’auteur affirme que le collège déjà qualifié de maillon faible du système éducatif, «  ne sert à rien dans le meilleur des cas ; dans le pire, il parvient à dégoûter les jeunes de la culture et de la connaissance ».

Pourtant le mythe du collège unique a la vie dure. Même s’il ne fonctionne pas, il est hors de question d’y toucher ! Alors les penseurs du ministère de l’éducation ont trouvé une idée miracle avec le socle commun de connaissances. Ce socle doit permettre à l’élève de connaître ce qui est le plus important dans les programmes. Façon habile de reconnaître qu’ils sont inadaptés ? probable pour un responsable de l’éducation affirmant que le « socle surligne l’essentiel ». Quid du reste ?

Alors comment s’y retrouver entre l’essentiel et le superflu, les manuels obscurs, les élèves pas toujours à leur place (place qui reste à définir), les réévaluations de barèmes au brevet afin que le taux de réussite ne s’effondre pas trop, sinon peut-être dans cette phrase de Jules Ferry qui ne considérait alors que les élèves de primaire  »Il ne s’agit pas d’embrasser tout ce qu’il est possible de savoir, mais de bien apprendre ce qu’il n’est pas permis d’ignorer » !

Formule juste mais qui demeurera abstraite tant que la scolarité au collège n’aura pas été revue sous la loupe de la diversité grandissante des publics du collège de 2006.

 

 

Brigit Bontour