Nicolas Rey

Vallauris Plage

Grasset 248p.

par Brigit Bontour

 

 

 

Dans Vallauris plage, le nouveau roman de Nicolas Rey, il y d’un coté Ariane Becker et de l’autre les hommes qui la croisent, tombent tous fous amoureux d’elle et sont prêts à tout quitter sur le champ pour ses beaux yeux ou plutôt pour son cul. Quand elle apparaît , « le bar du Negresco se transforme en documentaire animalier. La chasse est ouverte ».

Parmi eux, un quatuor de désespérés aussi disparates que pathétiques : Franck Bastide le narrateur aux « gencives qui disparaissent » qui par amour pour Ariane commettra un meurtre et fera quinze ans de prison, Crawford un ancien colonel acariâtre sorti de sa maison de retraite, Manuel un précaire de la SNCF devenu le temps d’un été un gros caïd de la coke et enfin Paul Fillacci, l’amant d’Ariane un médecin marié. Tous les quatre vont se retrouver le temps d’un été au Vallauris Plage un restaurant qui fermera définitivement à la fin de la saison en compagnie de la propriétaire Barbara Rose, de Françoise, la femme de Paul et naturellement d’Ariane, étoile filante qui par sa présence aléatoire fascine, énerve et bouleverse tout sur son passage.

Vallauris Plage est un faux polar avec presque pas de suspens, pas vraiment d’histoire si ce n’est celle de l’ensorcellement d’un groupe par une femme, fatale par maladresse, qui possède la grâce ambiguë de la folie. Car il faut être un peu border line pour sectionner le pouce d’un acteur de cinéma en plein festival de Cannes en faisant l’amour dans les toilettes, ou tout au début subjuguer Bastide jusqu’à s’installer chez lui et y recevoir ses amants tandis que lui attend patiemment dans la cuisine. Bastide qui a « cette obsession d’Ariane l’envie de modifier le destin , si possible du côté de mademoiselle Becker »  Dans ce roman Nicolas Rey sort de son registre habituel : l’auto fiction désabusée des hommes de trente ans, déjà plus très jeunes, pas encore vieux, même si ses thèmes de prédilection sont présents : l’amitié entre hommes, la vie vécue comme une étape absurde, parfois drôle mais bien plus souvent à pleurer.

Dans cette étrange histoire au climat torride et délétère, l’auteur nous touche par ses phrases courtes et définitives : «  il y avait peut être des moments sympathiques à vivre après 40 ans, pourquoi pas « , ses dialogues impeccables, sa drôlerie sans illusion, comme muselée et surtout l’émotion qui sourd à chaque page de ce livre désarmant de talent et d’angoisse retenue à l’image de Franck Bastide qui dit de lui : « je ne savais pas qu’il etait possible de dégoûter quelqu’un à ce point ».

Et tout ça à cause d’Ariane qui loin d’être la Belle du Seigneur n’est qu’une « femme de seconde catégorie ».

 

Brigit Bontour