Une pièce montée

Blandine Le Callet

Stock 319p.

par Brigit Bontour

 

 

 

A priori toutes les conditions sont réunies pour que le mariage de Bérangere et de Vincent soit un conte de fées. Le lieu, un moulin superbe, le temps au beau fixe, les deux familles présentables à quelques détails près, la mariée très belle comme il se doit.

Et la fête sera globalement réussie vue de loin, car de près quelques détails clochent  sérieusement : Lucie la petite fille trisomique -naturellement la bienvenue- est décalée au deuxième rang pendant la messe et subtilement écartée au moment de la photo d’ensemble ; Marie, la sœur de la mariée célibataire endurcie, chercheur en biologie moléculaire, à qui on fait bien ressentir sa différence par l’intermédiaire d’un banal chapeau : en dépit des ses efforts vestimentaires, elle porte un couvre chef qui ressemble à un « paon sorti d’une centrifugeuse » et une fois de plus, elle se considère comme exclue de cette famille si comme il faut. Il y a aussi le prêtre qui bâcle la messe, parce qu’il n’en peut plus de célébrer des mariages à la chaîne dans une église choisie uniquement pour son architecture et non pour la parole de dieu. Il accélère le sermon, se trompe dans le prénom du marié et ne sera pas invité à la réception qui suit.

En ce jour magnifique, chacun se remet en question et fait le point sur sa vie : Pauline l’autre sœur de la mariée songe à quitter son mari plus intéressé par sa voiture que par sa femme, le marié lui même qui après avoir subi dans les semaines précédentes « un stress prénuptial » en constatant que les conversations passionnées entre sa fiancée et lui avaient fait place à des débats sur l’argenterie  se demande ce qu’il fait là ; Madeleine la grand-mère mise « en liberté surveillée » par ses enfants pour cause de vieillesse. Décidant de ce qu’elle doit faire ou pas, ils règlent le moindre détail de sa vie. Ils lui même confisqué les clés de sa vieille Clio, dernière velléité d’indépendance d’une femme au caractère bien trempé. Madeleine, vieille dame exemplaire qui lit Platon lors de sa sieste et fera à la parfaite mariée le récit d’un secret de famille ignoré de tous, bouleversant la jeune femme trop lisse et le lecteur avec.

La galerie de portraits d’Une pièce montée » est finement décrite, les dialogues excellents. Une des convives déclare par exemple avec à propos à un dragueur qui ne recherche que les « vieilles belles ou les jeunes moches », les autres étant proies trop courantes «  le ciel est très réussi ce soir » renvoyant le minable à son abyssale vacuité.

Le talent de Blandine Le Callet qui signe ici son premier roman est de traquer le détail qui pourrait passer inaperçu, de déceler la faille que le plus hautain et désagréable de ses personnages porte en lui. Elle fait d’un évènement mondain un psychodrame à la gravité pudique en donnant la parole à chacun des protagonistes qui raconte lors d’un chapitre la journée, sa journée et de fait sa vie à la dérive que l’on soit jeune marié, quinquagénaire meurtrie ou vieille dame qui s’éteint comme un souffle.

Cette pièce montée est un sous un prétexte léger un roman d’un intense profondeur où l’émotion affleure à chaque page.

 

Brigit Bontour