Claire Castillon

Insecte

Fayard 160p.

par Brigit Bontour

 

 

Dans la première de ses nouvelles « j’avais dit une », une femme accepte d’avoir un enfant à la demande de son mari. Par malchance, elle a des jumelles et fidèle à sa parole n’en gardera qu’une, jetant l’autre par la portière de sa voiture sur le périphérique ; ce qui la contrarie tout de même un peu et lui fait dire «j’avoue ne pas être très contente de mon geste parce que j’ai jeté la plus sage  ».

Qu’elle s’immisce avec calme et aisance dans la peau d’une mère ou celle d’une fille, Claire Castillon livre des récits tous plus atroces les uns que les autres : dans « Munchausen par procuration », la maladie d’une fille rend les médecins timbrés, ils n’y comprennent rien et il y a de quoi : sa mère plus présente que jamais dort avec elle toutes les nuits.

Dans la « honte », une gamine dit : « j’aime bien les mères des autres, elles sont normales » ; ce qui peut résumer la morale ou l’immoralité du recueil car en effet : on chercherait vainement toute trace de normalité dans les rapports entre les mères et leur progéniture féminine dans Insecte.

En 19 nouvelles serrées comme un expresso sur fond de honte, de barbarie, d’ humiliations, Claire Castillon explore le vaste terrain miné que constituent les relations mères filles. Il est question d’amour, mais dévoyé, de haine qui n’est peut-être que de l’amour trop fort, au mieux mal compris, au pire criminel. La cruauté de ces textes est inouïe, mais si forte qu’elle laisse le lecteur incrédule, sonné et parfois souriant, comme devant un récit atroce mais rapporté de façon tellement neutre, presque plaisante qu’il reste un instant dubitatif avant de se rendre compte de l’horreur entendue.

Pourtant si Claire Castillon pousse chacun de ses récits jusqu’à l’innommable, il y a toujours en eux une part  même infime de vérité : quelle fille n’a jamais eu honte de sa mère ? quelle mère n’a jamais voulu garder pour elle toute seule son enfant, ou au contraire le jeter par la fenêtre ?

 

Brigit Bontour