Bernard du Boucheron

Coup de fouet

Gallimard 189p.

par Brigit Bontour

 

Diamant noir est un fabuleux cheval qui « ne connaît ni Dieu ni maître », à l’instar des hommes qui l’entourent : Hugo de Waligny son propriétaire et Coup de fouet, un piqueux de son vrai nom Jérôme Hardouin. Waligny et Hardouin aiment de façon pratiquement égale le même cheval et la même femme Aella, une amazone qui n’a pas froid aux yeux.

Se défiant à la chasse à courre, de débuchés en rembuchés, de défis en défaites, les deux hommes sont rivaux dans des chasses décrites avec une rare cruauté, où l’hallali n’est pas le pire moment de sauvagerie. Heureusement un glossaire renseigne sur la signification de mots comme venus d’une autre époque : Faire sa quête n’a aucun sens religieux, pas plus qu’un lieu de gagnage n’a à voir avec la Française des jeux.

Au début du récit en 1911, la guerre n’a pas encore commencé sur le terrain mais le monde de la chasse à courre, des champs de course ou des joutes sensuelles tiennent lieu de champ de bataille.

Waligny est amoureux d’Aella qui lui préfère Coup de Fouet juste pour le plaisir sexuel.

Les dés de la tragédie sont jetés, le premier conflit mondial viendra en point d’orgue détruire ce qui l’aurait été malgré tout au fil du temps par le caractère des personnages : le panache, l’honneur et la dignité. Il n’a jamais été question de bonheur ou d’amour dans cet ouvrage d’un auteur de presque 80 ans primé pour son premier roman Court serpent par le Grand prix de l’Académie française en 2004.

Tout dans cet ouvrage n’est que courses, luttes, dépassement de soi, dans une débauche de boue, de massacres d’animaux : cerfs, chiens, chevaux et finalement d’êtres humains. Les rapports sont à l’avenant : codifiés, rigides, tragiques. Chacun reste à sa place, la respectabilité et le courage tiennent lieu de mode de vie.

Bernard du Boucheron excelle dans le registre de la cruauté et de la vengeance. L’âme humaine est noire à jamais et nul espoir ne vient poindre dans ce roman parfaitement maîtrisé, implacable.

 

Brigit Bontour