Lord James

Catherine Hermary-Vieille

Albin Michel 450p.

par Brigit Bontour

 

Du fond de son cachot où il croupit depuis six ans au Danemark, James Hepburn, mari de la reine d’Ecosse « éprouve son impuissance à avoir raison de ses ennemis ». Il se cogne la tête contre les murs mais rien n’y fait : Marie Stuart la femme qu’il a tant aimée, mais avec qui il a vécu moins d’une année est elle aussi prisonnière en Angleterre. Le flamboyant comte de Bothwell qui a passé sa vie à déjouer les complots, les trahisons de ses ennemis, à gagner tout ce qu’il avait entrepris, entre exils et retours de fortunes fulgurants peut à peine se mouvoir tant ses conditions de détention l’ont affaibli,

Tremblant de fièvre, il revoit en longs flash back son enfance dans les landes d’Ecosse, sa jeunesse à Paris et sa rencontre avec Marie Stuart qui sera la femme de sa vie, mais qu’il perdra presque aussitôt marié, trahi par les nobles écossais qui ne voient en lui qu’un aventurier indigne de gouverner le pays auprès de leur trop jeune reine.

D’ailleurs cette Ecosse déjà minée par les guerres de religion, la rivalité entre les clans, l’Angleterre qui souhaite l’annexer, les français qui par un jeu subtil d’alliances et de mariages souhaitent la diriger est-elle gouvernable  par une jeune reine de vingt ans déjà deux fois veuve ?

Elevée dans la douceur des châteaux de la Loire et mariée au roi François II de France, âgé de 17 ans mort à 18, elle revient porter la couronne d’un rude pays qu’elle ne connaît pas, épousant un très jeune cousin qui la déçoit avant de se remarier à la mort de celui-ci deux ans plus tard avec James Hepburn. Situation d’autant plus insupportable que Bothwell, largement impliqué dans l’explosion qui a tué le roi est très contesté, jalousé par ses pairs et finalement séparé de la reine par leurs ennemis communs

Dans cette histoire tout de bruits et de fureur, il est parfois difficile de s’y retrouver entre alliances et trahisons, intérêts et sentiments. Mais Catherine Hermary Vieille restitue merveilleusement l’amour fou qui unit lord James à la reine, et en creux, les choix malheureux que celle-ci ne cessera de faire : son deuxième mariage, sa fuite en Angleterre où elle sera décapitée après 18 ans de semi-captivité plutôt que rejoindre la France. Ceci, bien que le héros principal du roman soit le comte Bothwell et en arrière plan, l’Ecosse, contrée ingérable mais splendide avec ses paysages de légendes.

Le destin des deux protagonistes est suspendu au fil du destin, de la chance qui les a désespérément fui, entre la jeunesse de la reine, et la fougue de Bothwell qui plutôt que de contourner ses ennemis les attaque de face et plutôt rudement, en homme fier et courageux, mais inconstant, impécunieux, parfois irréfléchi.

Dans une époque, le XVIème siècle où les protagonistes aux noms imprononçables et aux desseins parfois peu clairs et sujets à des retournements de situation incessants, le choix que fait l’auteur de s’intéresser plutôt à l’époux de Marie Stuart qu’à cette reine est judicieux car il lui permet de réhabiliter tout en finesse sans pour autant l’encenser un personnage haut en couleur longtemps traité par le mépris et considéré avant tout comme un aventurier.

 

Brigit Bontour