LE COTON DE LA COLERE.

La dernière récolte
John Grisham
Robert Laffont
382 pages 21,20 € .


par Brigit Bontour



Loin des prétoires et des cabinets d'avocats richissimes qui ont servi de trame à ses romans à succès, John Grisham a planté le décor de son nouveau roman dans l'Arkansas des années cinquante. Il y raconte par la voix d'un enfant Luke, la récolte du coton, l'angoisse du lendemain, la terreur des ouragans, l'amour des siens. La haine aussi. De ceux qui sont différents : les noirs, les Mexicains, " ceux des collines " venus pour aider à la récolte.
Luke Chandler, fils de fermiers pauvres vit avec ses parents et grands parents en autarcie dans une ferme isolée. Seul le poste de radio qui retransmet les matchs de base-ball permet une relative évasion. Endettés comme tous leurs voisins, la récolte de coton est pour les Chandler, la période la plus critique de l'année. Difficile, parce-qu'il faut ramasser un maximum de coton avant le mauvais temps. Mais surtout parce-qu'ils doivent embaucher des étrangers. Des Mexicains misérables, et des Americains aussi mal lotis qui vivront avec eux à la ferme pendant trois mois.
Deux groupes dissemblables arrivent alors : une dizaine de Mexicains et une famille, les Spruille et leurs enfants dont le terrible Hank qui va terrifier le jeune garçon. En effet, celui-ci sera témoin de deux meurtres qu'il n'osera avouer et devra garder sur la conscience. Afin de ne pas compromettre la suite de récolte en provoquant par ses révélations la fuite de la main d'œuvre.
Mais ce roman présenté comme un thriller n'en est pas un. Les meurtres ne sont pas essentiels, mais trouvent leur place dans cette vie d'un autre temps. Ne datant pourtant que des années cinquante.
Il exprime plutôt la nostalgie de l'enfance, qui même pauvre et dure, demeure à jamais irremplaçable.
A travers Luke, Grisham raconte sa propre enfance dans le sud profond. Terriblement arriéré, où tout s'arrête le jour du seigneur. Ou peindre sa maison de bois est un péché quasiment mortel. Ou une fille de quinze ans enceinte ne peut avoir été engrossée que par le démon.
Il décrit pourtant une vie chaleureuse dans une nature presque vierge, d'une violence inouïe, où le seul luxe est le rêve. De base ball pour l'enfant. De départ pour la ville et le mirage de ses usines pour les parents.
Il y a évidemment quelque-chose des Raisins de la colère dans ce roman, adouci toutefois par le climat nostalgique de la Route de Madison.
De la mélancolie, de l'humour aussi quand on s'aperçoit que l'oncle héroïque combattant en Corée pourrait bien être concerné par la grossesse de la misérable jeune voisine.
Tout au long du livre, connaissant le style de son auteur, on s'attend à un dénouement sanglant, violent, mais rien ou presque n'arrive d'extraordinaire. Rien sinon un lent récit bourré de nostalgie.

Brigit Bontour