Brûlements

Elise Fontenaille

Grasset 233p. 16€

par Brigit Bontour

« Le cocher, la Louison, Shéhérazade, étrange équipage » : en effet d’autant plus que si Shéhérazade est une belle jument arabe noire prise à un émigré, la Louison est la guillotine personnelle de Balthasar, un conventionnel qui descend dans les Pyrénées mater une révolte de nobles et de prêtres. Balthasar se moque éperdument de ce qu’on pense de lui : il n’agit que pour remplacer Dieu par la Raison.

Les méthodes sont simples : détruire les églises pour leur substituer des temples de la raison, marier les prêtres et les religieuses, et guillotiner tous ceux qui peuvent lui faire ombrage, c’est à dire n’importe qui. Déesse Raison ne se soucie que du nombre des morts et non des motifs parfois très aléatoires à l’origine de la sentence.

Dès qu’il arrive dans le paisible village nommé Sainte-Marie-sur l’Adour, il le rebaptise Rousseau-sur-l’Adour, fait détruire la cloche de l’église, les crucifix, les statues, les croix du cimetière jusqu’à la dernière et sort sa Louison. L’effet est certain : on le prend pour un fou.

Et s’il n’est pas fou, il est fort contrarié Balthasar, car le seigneur de l’endroit Capdaresse lui résiste, le nargue même : son château n’a pas été réquisitionné et pire encore, il a une fille Constance, d’une rare beauté, dont il tombe amoureux.

Sa descente aux enfers est dès lors amorcée : entre trois sorcières qui passent sous sa fenêtre la nuit et sont sur son chemin dès qu’il s’aventure dans les bois, ces tsiganes à l’œil noir et ces étranges crémonies qui se déroulent dans les caves, il en perd le sommeil et comble de l’ironie, est promu sorcier pour avoir séparé deux amants « noués jusqu’au jugement dernier » à l’aide d’un seau d’eau !

L’étau de Satan se resserre sur le révolutionnaire qui commence à douter du bien-fondé de sa mission et rentre à Paris où Déesse Raison finira par le rattraper.

Le Roman d’Elise Fontenaille est terrible, mais parfois drôle, bien que ni le sujet, ni l’époque ne s’y prêtent, plein de trouvailles, de personnages écrits comme s’ils étaient esquissés à l’encre de Chine. Même Balthazar pourrait paraître sympathique quand il commence à devenir humain, s’il n’était pas un monstre sanguinaire aveuglé par sa cause.

 

Brigit Bontour