Déshonorée

Muhtar Mai

Oh ! éditions 195p.

par Brigit Bontour

 

Parce que son petit frère de 12 ans a osé parler à une fille âgée de vingt ans d’une puissante tribu du Pendjab de l’est du Pakistan, Mukhtar 28 ans, doit demander pardon à la famille offensée. Sa famille la choisit elle parce qu’elle est respectable et qu’elle enseigne le coran. La sentence rendue par la jirga le tribunal local est terrible et sans appel : elle est condamnée à être violée par les hommes de la tribu opposée au nom de la « justice d’honneur ». Quatre hommes durant une nuit ou une heure, elle ne sait plus et qu’importe : «  j’étais à leur merci de toute façon, mes parents sous leur menace et mon frère en prison ; je devais subir, j’ai subi ». Quand ils la relâchent à moitié nue devant le village qui attend sans broncher, elle n’a guère d’autre solution que le suicide pour venir à bout de sa honte, ce que font la plupart des femmes dans son cas, loin d’être isolé, puisque selon la Commission des droits de l’homme au Pakistan, 2800 femmes ont été tuées entre 2001 et 2004, pour des crimes d’honneur sans compter les attaques à l’acide.

Mais Mukhtar, bien qu’isolée et illettrée va se battre plutôt que de s’effacer, elle porte plainte une première dans cette région aux mœurs particulièrement moyen-âgeuses. Afin de dénoncer l’horreur de sa situation et la double peine dont elle a été victime : si ses agresseurs ont d’abord été condamnés, ils ont ensuite été libérés par la cour d’appel, avant d’être à nouveau emprisonnés sur intervention du ministre de l’intérieur alerté par les médias pakistanais et étrangers dont le New York Times. La jeune pakistanaise élue Femme de l’année aux Etats-Unis qui est devenue une icône dans son pays a ouvert deux écoles avec l’argent versé par le gouvernement continue son combat : faire définitivement condamner ses agresseurs et continuer à alerter l’opinion publique sur ces crimes d’honneur dont les femmes sont les victimes. Lucide, elle affirme que pour les garçons élevés dans le culte de la violence et le mépris de la femme, la lutte sera longue et sa situation restera précaire, même si elle est soutenue par les ONG, les médias, les associations, tant que ses agresseurs ne seront pas jugés par la Cour suprême de son pays.

Brigit Bontour