Khady
Mutilée

Oh editions ! 231p.

par Brigit Bontour

A sept ans, Khady, comme deux millions de fillettes par an dans le monde, soixante mille en France est victime de l’excision, une coutume d’une barbarie inouïe. Si la femme qu’elle est devenue se souvient du geste, de la souffrance qu’il a entraîné sur le moment, elle raconte surtout les effets que cette boucherie (y-a-t-il d’autre mot ?) a eu sur sa vie de femme.

Mariée à treize ans avec un cousin polygame parfaitement inconnu qui l’entraîne en France, elle quitte du jour au lendemain son village, son école ses amis et se retrouve dans des endroits sordides où en quelques années elle mettra quatre enfants au monde, avant de voir arriver avec soulagement une « coépouse » plus jeune et plus soumise qu’elle. Avec sa volonté, son courage son intelligence, elle parviendra grâce à l’entraide de femmes rencontrées en France à apprendre un métier, à ne plus remettre systématiquement l’argent qu’elle gagne à son mari, son violeur plutôt, car elle parle au sujet des relations sexuelles de « sacrifice », du « lit conjugal, toujours un danger ». Elle mûrit sa révolte : « jusque là, j’ai subi toutes les traditions : l’excision, le mariage obligatoire, la sexualité obligatoire, je refuse de devenir un tiroir-caisse obligatoire ».

Désormais Khaly a quarante cinq ans, elle est présidente du réseau européen de lutte contre l’excision et parcourt le monde pour combattre ce fléau, inciter les femmes à apprendre à lire, à dire non, à refuser l’excision pour leurs propres filles, comme elle-même n’a pas su le faire.

Car c’est là un des paradoxes de ce livre : alors que très tôt, elle a pris conscience de la signification de cette barbarie, elle a laissé faire et sur le moment n’a pas réagi, n’en a même pas voulu à la femme qui a « purifié » ses filles. Parce-qu’elle était, jeune, qu’elle était hospitalisée lors des faits, parce que l’exciseuse était une forgeronne de son village venue en visite en France qui « avait fait ce qu’elle estimait être son devoir », que l’excision « entrait dans le cadre de nos relations familiales ».

Sans doute faut-il se dire en lisant cette confession, que trente ans ont passé, que la narratrice a gagné son combat personnel, mais il est trop évident que de trop nombreuses jeunes africaines vivent encore ce chemin de croix qui n’est pas prêt de s’achever.



Brigit Bontour