Eliette Abécassis
Un heureux événement

Albin Michel 222p 

par Brigit Bontour

Si la vieillesse est un naufrage, la maternité est à coup sur un séisme qui peut briser une vie.
A partir d’une expérience vécue comme un traumatisme, Eliette Abécassis raconte ce qu’est être mère : rien d’autre que la fin de l’amour. Elle parle de « l’outrecuidance d’avoir un enfant », dit que l’on « nous cache tout, on ne nous dit rien » sur la maternité : ni les magazines qui font leurs unes des stars enceintes, ni les mères, ni même les amies pour qui le bébé reste le plus beau cadeau que la vie puisse offrir. Mais quel cadeau et à quel prix : être enceinte, ne plus rien faire d’autre que regarder pousser son ventre pendant que son compagnon se détache peu à peu, puis accoucher sous l’œil de celui-ci qui « l’air aussi épouvanté que s’il avait vu un film d’horreur » s’évanouit.
Mais le pire est à venir avec l’entrée dans une nouvelle vie à laquelle la narratrice n’est absolument pas préparée en compagnie de l’enfant, » ce monstre d’égoïsme et d’indifférence qui ne vivait que pour sa nourriture », lui qui sait déjà qu’il faut « se battre et crier ».
Et puis il y a le ridicule des situations quotidiennes, de l’organisation qui ne suit pas : le réparateur de chez Darty à huit heures du matin le dimanche : plier et déplier une poussette trop sophistiquée, allaiter ou pas, puis au final le mépris pour le père de sa fille : son ex fiancé parfait, avec qui les soirées de rêve à cuba ou ailleurs au soleil, les longues discussions sans fin ne sont plus que songes lointains. « De thésarde, j’étais devenue mère au foyer. De mère au foyer, j’étais devenue SDF. Jusqu’où descendrais-je ? » s’interroge-t-elle.
Sans doute Eliette Abecassis a-t-elle trop lu Belle du Seigneur, sans doute cet enfant est-il arrivé par surprise alors qu’elle n’y était pas préparée, mais elle décrit avec une lucidité, un courage immense les réalités de la maternité : non tout n’est pas rose et derrière le bambin joliment habillé et souriant, il y a quelque chose qui s’est défait : la fin de l’insouciance, la fin de la jeunesse la tyrannie du quotidien, le début des épreuves, le passage à une autre génération prélude à la mort.
Elle ose tordre le cou à toutes les idées reçues qui courent encore : pour être femme, il faut être mère, mais personne ne prévient qu’être mère c’est être « délaissée, enchaînée par la vie », devenir « la femme voilée qui voile ses pensées ».
La démonstration de la philosophe est magistrale, drôle parfois, ambiguë aussi, car bien sur elle aime sa fille, mais veut dénoncer l’hypocrisie et les mensonges qui entourent la maternité. Son livre très bien écrit est salutaire et devrait être au programme des lycées afin que les jeunes filles soient définitivement prévenues : « l’homme est une femme heureuse ». Et la femme, une bécasse qui croit trop au prince charmant avant qu’il ne se transforme en crapaud lorsqu’elle devient mère.

Brigit Bontour