Douglas Kennedy

Les charmes discrets de la vie conjugale

Belfond 525p.

 

par Brigit Bontour

 

 

Avec des parents brillants, originaux, subversifs, une jeune fille gauche, mal à l’aise et sans charme, n’a que deux solutions : soit les surpasser intellectuellement, soit s’effacer et mener une vie terne et sans relief. C’est la voie que choisit Hannah Buchan, remettant toujours ses souhaits les plus chers à demain, c’est à dire à jamais. Ainsi au lieu d’effectuer ce voyage à Paris dont elle rêvait tant, elle préfère épouser un médecin de campagne de son age, gentil mais terriblement ennuyeux.

Installés au fond du Maine, ils ont un enfant puis deux, elle devient aide bibliothécaire, aime son mari, faute de mieux. Puis un jour où celui-ci se rend au chevet de son père malade, débarque Toby, un parfait inconnu, mais vrai terroriste avec qui elle aura une brève et marquante aventure avant que ne reprenne sa vie très quotidienne.

C’est trente ans plus tard, alors qu’elle a fini par assumer ses choix de jeunesse, s’est réconciliée avec ses parents et vit toujours, plutôt confortablement avec son mari que la bombe explose : son ex amant de deux jours publie un livre dans lequel elle est nommée.

Immédiatement sa vie bascule, tout son univers s’effondre selon le schéma habituel de l’auteur.

Le rythme agréable du roman s’emballe au fur et à mesure que son héroïne tombe en enfer. En peu de temps l’ex madame Bovary américaine perd tout ce qui faisait son existence : mari, enfants, réputation dans un tourbillon infernal, mais se révèle enfin la cinquantaine venue ; prenant au passage le lecteur en otage. En effet il est impossible de lâcher l’histoire avant la fin, car si Douglas Kennedy excelle dans la description d’un destin individuel chahuté, il se surpasse dans le désolant portrait d’une Amérique puritaine, accros aux confessions de ceux qui ont un jour fauté et ont retrouvé la rédemption à travers Dieu.

Le poids de la religion, de la presse à scandale, l’amalgame fait par les ligues de vertu autour de l’avortement : en gros tous ceux qui ne sont pas contre sont pour et donc condamnables : tout est scrupuleusement analysé et finement broyé par Kennedy qui n’oublie pas au passage les questions des relations parents enfants : pourquoi deux enfants élevés ensemble dans l’amour de leurs parents prendront-ils des directions radicalement opposées, ne s’unissant que dans les reproches faits à leurs géniteurs ?

Trop fin, ou trop machiavélique pour trancher, Douglas Kennedy se contente de poser les questions qui blessent, remuer les plaies d’un pays qui va mal pour notre plus grand plaisir.

 

 

 

Brigit Bontour