GLACIALE SIBERIENNE.

Igor Panish
La Sibérienne
Editions XO
384 p.


par Brigit Bontour



Dans la Russie d'après la chute du mur une histoire rocambolesque où les bons n'ont pas droit de cité.

Quand l'auteur de la Sibérienne était adolescent dans le Moscou des années soixante dix, un voisin de palier a proposé aux Panish un visa pour Israël. A condition que la famille soit partie avant la fin de la semaine : le généreux voisin avait besoin de son appartement pour marier sa fille.
Si l'anecdote est vraie, on conçoit sans mal qu'elle soit à l'origine du roman, le plus noir que l'on ait eu à lire sur la désintégration Soviétique.
Le héros du livre Andreï, " Le propriétaire " est un ancien du parti communiste, élevé à l'étranger et ayant eu dans la première partie de sa vie pour mission de monter une société au profit de l'Etat Russe à New York.
Tout va bien jusqu'à ce qu'il comprenne la signification d'un voyage qu'on lui impose en Sibérie. A partir de là, il va devenir un vrai mafieux grâce à l'appui d'un général revenu de tout et surtout d'Afghanistan, chargé dans un premier temps de le tuer. Mis à la retraite à quarante ans celui-ci ne peut qu'adhérer totalement à l'idée d'une association où il " serait le muscle et Andreï le cerveau ".
Les buts des deux associés sont clairs : rentrer en possession des sept cent soixante millions de dollars gagnés par Andreï et restés à New York et s'enrichir encore plus si possible.
Rien ne fait peur au " propriétaire " : ni les Tchétchènes armés jusqu'aux dents, ni la sublime Katerina, plus dangereuse et allumée que tous les personnages pourtant hauts en couleur du roman. Il va bâtir une réussite sur des cadavres dans des domaines aussi variés que le trafic d'armes, de drogue, de pétrole, de détonateurs nucléaires.
Pourtant la vie d'un mafieux Russe est plus difficile qu'on ne l'imagine: déclaré persona non grata en Russie, il ne s'habitue pas à la vie en occident où il s'achète pourtant une sublime propriété sur la Côte d'azur. Trop habitué à des manières expéditives, il ne parvient pas à vivre à l'occidentale. Son rêve de " Vivre sous la protection de la loi et même payer des impôts " est définitivement hors de portée. Alors il trouve refuge sur un yacht qu'il s'est fait construire selon des plans secrets. Mi Yacht, mi sous -marin le bateau a été conçu et construit par des employés qui ont tous trouvé la mort lors d'un accident d'avion. Ils bénéficiaient d'une semaine de vacances en Turquie offertes par l'armateur.
Mouillant au large de la côte d'azur, le bateau de rêve est une base d'ennui et de débauches en tous genres d'où va s'échapper la jeune Katarina, non sans embarquer au passage quelques diamants et dollars en espèces dans un sac à dos d'écolière.
Elle va alors croiser Jim Maguire, un Americain en fuite lui aussi. Soupçonné de blanchiment d'argent aux Etats-Unis, après avoir fait fortune en Russie.
A partir de là l'histoire s'accélère dans des imbroglios plus proches d'un James Bond que d'un thriller classique. Il s'avère que des policiers Français sont de mèche avec les mafieux. Que les Russes se livrent à des carnages comme sur un stand de tir.
Jusqu'à la scène finale se déroulant dans une salle secrète du bateau d'où personne ne sort vivant.
Salle nommée Concorde que la mer nettoie après les " réunions " s'y tenant.

La Sibérienne est un thriller très noir, parfois confondant de naïveté avec le yacht qui peut rester six jours en plongée ou les descriptions des soirées de la côte d'azur.
Souvent effrayant dans ses analyses de la Russie d'après la chute du mur, où Panish a vraiment vécu et travaillé. Les rapports d'une violence inouïe entre les Nouveaux riches russes sont décrits " de l'intérieur " et font froid dans le dos.
Dans ce pays qui a explosé en plein vol, Tout le monde cherche à gagner de l'argent, beaucoup. Le plus possible. Et s'il n'est pas vraiment surprenant que des dirigeants soient partie prenante dans cette course à l'argent, il l'est un peu plus de s'apercevoir que les partenaires les plus fiables sont ceux qui avaient jadis fait partie du KGB. Plus structurés et organisés que la mafia proprement dite uniquement composée de bandits de grand-chemin pour qui la vie d'un homme vaut à peine le prix de la balle qui l'abattra.
La corruption qui sévit à tous les niveaux de la société n'est pas une découverte pour le lecteur, mais la description de ses rouages affole. Car en définitive tout semble comme sous l'ère Soviétique partir du Kremlin et y revenir.


Brigit Bontour