Frédéric Beigbeder

L’égoïste romantique

Grasset 18 euros

par Brigit Bontour

Frédéric Beigbeder ne laisse à personne le soin de se détruire. Dans le magazine Lire, il se descend en flammes avec brio. Il écrit une critique de son bouquin et de lui-même décapante. Il s’y traite entre autre de « gâteux, d’immature, d’animateur de talk shows pathétiques, de publicitaire communiste pour faire marrer le Tout Neuilly, de chroniqueur de torchon people ». Se dit « revenu à ses premières boums : alcool, drogue, vomi, blagues de potaches ».

Et c’est vrai : il est tout ça. De plus il se permet de piquer le titre de son livre à Fitzgerald. De publier non pas un roman, ni même un récit mais une compilation de chroniques écrites jadis pour V.S.D.

Donc il n’y a rien à sauver. D’autant que « l’égoïste romantique » regorge de facilités pas drôles, de calembours pitoyables : «  nous avons atterri dans un bar des années 40 avec des filles nées dans les années 80, mieux vaut cela que l’inverse ». ou encore « j’aime bien cette fille, mais elle n’a rien mangé depuis 1997 ». C’est limite. Et ce n’est pas le pire. Il y en a beaucoup d’autres, des vannes qui tombent à plat, d’autres qui n’auraient jamais du être dites.

Mais il y a aussi des perles rares, d’authentiques bonheurs de dépressif : « cela fait tellement longtemps que je me fuis, que je ne me souviens plus de ce que je fuis » ou encore « j’admire les ruines, mes semblables ».

Alors de cette histoire, ne retenons que le bon, le très bon Beigbeder, le talent authentique qu’il laisse parfois subrepticement entrevoir dans Windows on the world, mais occulte sous ses problèmes personnels. Ces misérables petits tas de secrets comme disait Malraux. En pariant sur le fait que quelqu’un qui se démolit d’aussi bonne grâce peut aussi, fugitivement donner le meilleur de lui-même.

 

 

Brigit Bontour