Mazarine Pingeot

Bouche cousue

Julliard 18 euros.

par Brigit Bontour

« A mes parents » : ainsi est dédié « Bouche cousue », le livre où Mazarine Pingeot parle de son enfance, et donc de ses parents.

Elle y raconte sa mère un peu, son père beaucoup. C’est le livre d’une fille qui va être mère et tient à remettre son histoire à plat. Et quelle histoire.

Pendant 58 ans, son père n’a pas été son père : elle n’était pas née. Puis il a été un père présent absent. Tiraillé entre deux familles : la légitime qu’il allait rejoindre le dimanche soir pour le dîner, et l’autre : comment l’appeler ?

Mazarine ne sait pas trop. Comme durant longtemps elle n’a pas trop su comment s’écrivait le nom de son père qui n’était pas le sien. Mais qu’elle retrouvait dans l’histoire de France. Comment apprendre la IV ème république sans tomber face à face avec lui ? Les soixante dernières années de la France bruissent de son nom, de ce visage qu’elle voit parfois à la télé. Comme le 10 mai 1981. Elle était avec sa mère ce soir là, devant le poste, mais elle ne faisait pas partie de la fête. La liesse, c’etait pour la famille officielle, la France officielle. Elle a été vingt ans durant dans l’ombre. Elle connaissait les amis de son père qui ne savaient pas toujours qui elle était. Entourée de gardes du corps, dans un appartement qu’elle n’aimait pas avec ces drôles de parents qui s’aimaient mais qu’on ne voyait pas beaucoup ensemble, même s’ils l’étaient souvent.

Bouche cousue est l’histoire d’une étrange famille, mais une histoire qui finit bien. Ses personnages si on enlève le père ne peuvent que forcer l’admiration. Non pas qu’on manque d’ idées sur lui, flatteuses ou pas mais il fait trop d’ombre. Donc on l’écarte pour retenir la mère et la fille. Admirable la mère. Cette jeune bourgeoise qui en 1974, aime un homme politique marié, a un enfant et le garde en sachant pertinemment ce qui l’attend : l’opprobre et la vie dans l’ombre du grand-homme. Droite la mère, conservatrice de musée qui inculque à sa fille les valeurs du service public.

La fille enfin, admirable elle aussi, qui avec une telle enfance aurait eu toutes les excuses pour devenir schizophrénique ou délinquante. Mais non, elle réussit son agrégation de philosophie pour qu’on ne puisse pas l’accuser d’être pistonnée. Ce qui ne change rien, elle est suspecte tout de même. Elle ne s’y attarde pas plus que cela. Elle écrit des romans. D’autres qu’elle, on aurait parlé de « romans de jeunesse ». Elle, elle se fait descendre comme les canards à la chasse. On ne la rate pas et elle s’en remet encore. Suffisamment bien pour livrer « Bouche cousue », un beau texte intuitif et sensible.

 

 

 

Brigit Bontour