Hervé Chabalier

Le dernier pour la route

Robert Laffont.

par Brigit Bontour

« Au savoir vivre, j’ai ajouté, bâti le savoir-ivre » dit Hervé Chabalier.

Et son livre, journal d’une désintoxication s’articule autour de cette formule. Un jour d’août 2002, peu après le décès de son père ce brillant reporter, fondateur de l’agence CAPA s’est reconnu alcoolique et a décidé de s’en sortir .

Il comprend enfin les stratégies d’évitement mises en place pour ne s’avouer que bon vivant, amateur de bons crus. Il démonte le fil de journées pour s’apercevoir que sa vie ne tourne désormais plus qu’autour de l’alcool, que celui-ci est devenu sa préoccupation majeure. Ne jamais manquer de vin est de loin préférable à tout ce qui avait fait sa vie jusque là. Il prend conscience que ni son amour pour sa femme, ni sa passion du métier, ni ses solides amitiés ne priment sur l’alcool.

Il part alors pour la Suisse, dans un établissement de désintoxication. Mais là où de nombreux livres virent au trash avec des détails anatomiques glaçants ou des auto-apitoiments, Hervé Chabalier se veut lucide. Il a touché le fond, il va s’en sortir. Et s’il évoque une vie aussi riche que tragique, il dissèque le cheminement intime qui l’a conduit lui et pas un autre à cet état.

Il est le seul responsable même s’il a de fortes circonstances atténuantes qui en auraient fait plonger plus d’un également. Avec l’hérédité qui a sans doute sa part en la personne d’un grand-père alcoolique. Avec la responsabilité supposée même cinquante ans plus tard de la mort d’une petite sœur adorée. Et puis plus récemment le décès de sa deuxième fille, à l’âge de trois mois, et enfin la terrible maladie orpheline de son fils.

En quelques semaines, il découvre le « lâcher prise », la solidarité immense des alcooliques anonymes qui le laissait plus que sceptique jusqu’alors. Il s’avoue humble et dépendant lui qui se voulait battant et vainqueur toujours. Il a trouvé plus fort que lui : l’alcool et l’accepte.

Mais pourtant, jamais cette « chronique d’un divorce avec l’alcool » n’est didactique ou pesante. L’humour et le talent du journaliste sont toujours là avec ses formules caustiques : « le sport, mon cautère sur ma gueule de bois » quand il parle du sport comme alibi de sa fausse bonne santé, ou quand il fait la différence entre les maladies « présentables », l’asthme, le diabète opposées à l’alcoolisme, ce mot qui évoque clochard, dépravé, vicieux, amoral.

Ce livre est essentiel, salutaire même pour tous ceux qui vivent la maladie alcoolique au quotidien. Qu’ils en soient eux-mêmes victimes, ou qu’un de leurs proches le soient. En France, cinq millions de personnes sont touchées, un million seulement se soigne.

 

Brigit Bontour