Catherine Descours

Le lieutenant de la frégate légère

Editions Albin Michel  

par Brigit Bontour

Le radeau de la méduse de Géricault est un des tableaux les plus regardés au Louvre, mais l’histoire qui l’a inspiré est elle moins connue. On sait qu’à la suite d’un naufrage, des passagers d’un bateau ont construit un radeau et que seulement 15 sur 150 ont survécu en partie en se livrant à des actes d’anthropophagie.

Mais l’histoire réelle est en fait bien pire et pointe du doigt la lâcheté de l’être humain, son incompétence et son mépris d’autrui.

A l’origine, en 1816, quatre bateaux quittent Rochefort pour se rendre à Saint Louis du Sénégal.

300 personnes très différentes, voire aux caractères parfaitement incompatibles s’embarquent sous le commandement de Chaumarey, un noble exilé durant la révolution qui n’a pas navigué depuis vingt cinq ans. Autour de lui bonapartistes, soldats défaits de Trafalgar, savants ou aventuriers plus ou moins honnêtes gravitent. Avec pour couronner le tout des cartes maritimes que l’on sait ou devine fausses. La France est en pleine restauration et les passagers de la Méduse dans la plus grande confusion.

Naturellement un drame va avoir lieu, et la tension monte tout au long du roman, d’autant plus que le capitaine ne voulant pas reconnaître son incompétence refuse de déléguer son pouvoir à un de ses officiers. S’enfermant dans sa chambre avec de l’eau de vie, il laisse Richefort un simple passager diriger le navire. Dès lors le pire est à craindre et surviendra.

Catherine Descours a écrit un roman grâce aux conseils de jean-François Deniau. Elle y mêle des personnes ayant réellement existé comme Gaspard Mollien, le futur savant ou Jean Viaud un jeune mousse, oncle de Pierre Loti, et des personnages de fiction dont Félicité, son héroïne.

Mais c’est moins l’histoire et l’amour déçu de Félicité, alors jeune mariée pour un beau lieutenant Valmy qui attache le lecteur.

L’essentiel est dans la succession d’erreurs, de ratages de mésententes qui vont encore s’accentuer après le naufrage et conduire au drame du radeau de la méduse. Lors de la catastrophe, le commandant est l’un des premiers à s’embarquer sur les canots de sauvetage. Les liens qui pouvaient retenir le radeau tiré par les embarcations est tranché par un des occupants, promettant une mort certaine aux passagers du radeau surchargé qui part en dérivant.

Ceux-ci vont s’entretuer lors de massacres organisés par les plus instruits afin d’être le moins nombreux possible et survivre.

Le scandale sera immense en France où les nouvelles arrivent plusieurs mois après, le commandant condamné à trois ans de prison. Les assassins du radeau ne seront pas poursuivis et la vie reprendra son cours. Géricault peindra son génial tableau. L’un des points forts du roman avec l’imminence du drame que l’on sent depuis le début, est d’ailleurs la description du peintre en plein travail entouré de cadavres apportés de l’hôpital Beaujon.

Brigit Bontour