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Le premier roman de Lolita Pille, Hell a pour les plus de trente
ans, l'effet d'un bain de jouvence. On y redécouvre l'exaltation
de fracasser une bouteille de Champagne en roulant à
toute vitesse Place de la Concorde. Tandis que dans les toilettes
des boîtes de nuit " décorées façon
hôtel de passe de luxe ", on apprend à nouveau
à repérer les impostures des pouffiasses : "
l'intérieur de leur sac n'est pas siglé, et elles
en sortent sans sourciller mascara et rouge à lèvres
de supermarché "
Grisant. Et tout est à l'avenant : " on a une carte
de crédit à la place du cerveau, un aspirateur
à la place du nez, et rien à la place du cur.
"
Il y a du Beigbeder là-dedans. On se dit qu'il doit avoir
une petite sur, ou écrit sous un pseudo. Lolita,
ça lui irait bien.
Puis on apprend que le livre a été publié
grâce à lui. Il a présenté l'auteur
chez Grasset après avoir lu le manuscrit.
Fin de ce qui pourrait n'être qu'un coup éditorial
très Parisien. Débuts d'un écrivain.
En effet, malgré son roman mal foutu, ses phrases trop
longues et l'intrigue sans grand intérêt, Lolita
Pille retient le lecteur.
Non pas que l'on ait de l'empathie pour l'héroïne
dont la vie n'est qu'une fête triste et vide, entre shopping,
boîtes de nuit, et avortement.
C'est d'ailleurs à partir du passage de l'avortement
page 49 que l'on commence à entendre la petite voix persistante
d'un talent. Dans l'écriture qui devient soudain totalement
sobre, maîtrisée. Alors que jusque là l'auteur
avait assommé le lecteur façon 99 francs à
coup de lunettes Gucci, de robe Prada, de montres Cartier le
tout dans une imitation puérile et démodée
de Breat Easton Ellis ; son désespoir de s'être
fait avorter tient en deux mots, et sonne tout à coup
terriblement juste.
" - je me suis fait avorter " dit-elle simplement
à une copine qui n'écoute pas.
Et là on ne rit plus. La solitude et la détresse
du personnage éclatent à la figure du lecteur.
Les strass et les bouteilles de Champagne n'étaient que
poudre aux yeux pour décrire la condition humaine en
son malheur.
Tout au long du roman, l'auteur va osciller entre une extrême
lucidité pour quelqu'un de dix neuf ans, et un romantisme
fleur bleue, très sixties, avec l'accident de voiture
en point d'orgue. On pense Sagan, Jean René Huguenin
..
Entre des scènes glauques, mais convenues, sans aucun
intérêt comme cette soirée au Ritz, ou le
beauf qu'elle ramasse au Queen. Pour le baiser et humilier ensuite
en lui racontant le script de la Traviata, qu'il ne connaît
évidemment pas.
Et des moments de grâce, de sincérité "
le bonheur est une illusion d'optique, deux miroirs qui se renvoient
la même image à l'infini " .
Hell,
peut être lu comme les malheurs d'une pauvre petite fille
riche. Ou comme le premier roman d'un écrivain qui ne
demande qu'à grandir. S'il parvient à ne pas se
brûler les ailes aux lueurs trop brillantes des fêtes
vaines.
Brigit
Bontour
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