HELL, LE ROMAN QU'ON AIMERAIT HAÏR.

Hell
Lolita Pille
Grasset
225 pages 15 €


par Brigit Bontour



Le premier roman de Lolita Pille, Hell a pour les plus de trente ans, l'effet d'un bain de jouvence. On y redécouvre l'exaltation de fracasser une bouteille de Champagne en roulant à toute vitesse Place de la Concorde. Tandis que dans les toilettes des boîtes de nuit " décorées façon hôtel de passe de luxe ", on apprend à nouveau à repérer les impostures des pouffiasses : " l'intérieur de leur sac n'est pas siglé, et elles en sortent sans sourciller mascara et rouge à lèvres de supermarché "……
Grisant. Et tout est à l'avenant : " on a une carte de crédit à la place du cerveau, un aspirateur à la place du nez, et rien à la place du cœur. "
Il y a du Beigbeder là-dedans. On se dit qu'il doit avoir une petite sœur, ou écrit sous un pseudo. Lolita, ça lui irait bien.
Puis on apprend que le livre a été publié grâce à lui. Il a présenté l'auteur chez Grasset après avoir lu le manuscrit.
Fin de ce qui pourrait n'être qu'un coup éditorial très Parisien. Débuts d'un écrivain.
En effet, malgré son roman mal foutu, ses phrases trop longues et l'intrigue sans grand intérêt, Lolita Pille retient le lecteur.
Non pas que l'on ait de l'empathie pour l'héroïne dont la vie n'est qu'une fête triste et vide, entre shopping, boîtes de nuit, et avortement.
C'est d'ailleurs à partir du passage de l'avortement page 49 que l'on commence à entendre la petite voix persistante d'un talent. Dans l'écriture qui devient soudain totalement sobre, maîtrisée. Alors que jusque là l'auteur avait assommé le lecteur façon 99 francs à coup de lunettes Gucci, de robe Prada, de montres Cartier le tout dans une imitation puérile et démodée de Breat Easton Ellis ; son désespoir de s'être fait avorter tient en deux mots, et sonne tout à coup terriblement juste.
" - je me suis fait avorter " dit-elle simplement à une copine qui n'écoute pas.
Et là on ne rit plus. La solitude et la détresse du personnage éclatent à la figure du lecteur. Les strass et les bouteilles de Champagne n'étaient que poudre aux yeux pour décrire la condition humaine en son malheur.
Tout au long du roman, l'auteur va osciller entre une extrême lucidité pour quelqu'un de dix neuf ans, et un romantisme fleur bleue, très sixties, avec l'accident de voiture en point d'orgue. On pense Sagan, Jean René Huguenin…..
Entre des scènes glauques, mais convenues, sans aucun intérêt comme cette soirée au Ritz, ou le beauf qu'elle ramasse au Queen. Pour le baiser et humilier ensuite en lui racontant le script de la Traviata, qu'il ne connaît évidemment pas.
Et des moments de grâce, de sincérité " le bonheur est une illusion d'optique, deux miroirs qui se renvoient la même image à l'infini " .

Hell, peut être lu comme les malheurs d'une pauvre petite fille riche. Ou comme le premier roman d'un écrivain qui ne demande qu'à grandir. S'il parvient à ne pas se brûler les ailes aux lueurs trop brillantes des fêtes vaines.


Brigit Bontour