QUAND DIEU ABANDONNE LES SIENS.

Dieu reconnaîtra les siens
Tami Hoag
Robert Laffont
416 p.


par Brigit Bontour



Des suicides de flics qui n'en sont pas, un chef de la police figure du show business, un inspecteur tenace et désabusé forment un singulier et attachant roman.

Un des plus brillants flics de Minneapolis, Mike Fallon est retrouvé pendu dans sa chambre.
Un suicide de plus dans une profession qui n'en manque pas….
Mais ce flic etait un peu spécial : fils d'un des héros de la profession qui avait laissé ses deux jambes dans une intervention, il était aussi membre des Affaires Internes, l'équivalent de l' IGS français.
De plus il s'est pendu tout seul, sans que rien ne soit dérangé dans sa chambre : le couvre lit sur lequel il aurait pu s'asseoir un instant avant d'accomplir son geste fatal est aussi lisse qu'après le passage d'une femme de ménage émérite.
Pourtant sur le miroir, un mot : Désolé qui atteste d'un suicide, et pire encore la diligence des services de police qui classe très vite l'affaire comme " accident auto érotique ".
Cependant une conclusion aussi hâtive ne saurait convenir à l'inspecteur Kovac et son équipière. Ils ont déjà une idée, ou plutôt plusieurs idées sur la personnalité de Fallon et les raisons qui auraient pu pousser quelqu'un à l'assassiner.
" Les gens passent leur temps à mentir au flics " pense l'inspecteur. " Pas seulement les voyous, même les mamies aux cheveux bleus mentent ".
A commencer par le meilleur ami du mort persuadé qu'on l'a tué, mais ne connaissant rien de sa vie ou des partenaires. Il sait seulement qu' "Andy était sorti du placard " et qu'il aurait mieux fait de taire son homosexualité.
C'est un début de piste, mais le tenace inspecteur n'est pas au bout des mensonges et des chausse-trappes en tous genres.
Le père de Fallon, l'Homme de fer " Mike à qui la moitié de la police de Minneapolis doit quelque-chose meurt une semaine après son fils. Accident, encore plus étrange que le premier. Inconcevable qu'un homme en chaise roulante ait pu se donner la mort de cette façon.
Pourtant, l'affaire est classée elle aussi : il n'aura pas supporté la mort de son fils. C'est humain.
" Le monde foisonne de drames sergent " dit la séduisante et énigmatique Amanda Savard supérieure hiérarchique du pendu.
Il regorge aussi de pourris, de fric tombé d'Hollywood pour Ace Wyatt, le chef suprême de la police qui a connu Fallon, père. Lui a même sauvé la vie vingt plus tôt, le jour où appelé sur le lieu d'un drame où une femme venait d'abattre un mari qui la terrorisait, il avait maintenu son collègue en vie jusqu'à l'arrivée des secours.

Cet étrange Wyatt qui mène une fois à la retraite l'existence dorée d'un présentateur télé richissime avec son émission " l'Heure du crime ". Escorté partout d'un ange gardien aussi jeune qu'ambitieux.
Des flics pas clairs, des homophobes, des brutes épaisses foisonnent dans ce roman où tout tourne autour de ce sombre drame sans témoin où Mike Fallon perdit l'usage de ses jambes, mais garda la vie sauve. Meurtre sans témoin ni souvenirs, à part Wyatt, la femme du forcené maintenant malade et recluse dans une maison de repos. Et une jeune fille de dix sept ans à l'époque dont on a perdu la trace.

Il faudra encore des morts, des déductions, des interrogations avant que la boucle soit bouclée. Que des ombres du passé reparaissent avant de sombrer pour toujours. Ce second roman de Tami Hoag est parfois comparable aux meilleurs de Patricia Cornwell, l'hémoglobine en moins. Le suspens est époustouflant et l'on ne comprend qu'à la dernière page l'implacable machinerie qui s'est mise en marche pour aboutir à une conclusion ou des mots mêmes de l'inspecteur " Personne ne sort grandi ".

Brigit Bontour