L'horreur alcoolique

            

THIERRY VIMAL : Dans l’alcool
Editions de l’Olivier

Sommaire de la rubrique Le coin des livres

par Brigit Bontour

Dans un improbable centre de désintoxication,  quelques malades de l’alcool tentent une difficile guérison.

 

 

Le narrateur a un poulpe à l’intérieur de son propre corps. Un animal qu’il nourrit d’alcool pour l’apaiser et qui en échange le rend fou : «  tous les matins, en sueur, tremblant, le cerveau qui vibre, l’estomac qui hurle ».

Alcoolique, le mot est terrible, la réalité pire encore. Mais, courageusement, Yves va tenter de s’en sortir. Pour cela il se rend dans un centre de désintoxication où semblent s’être donnés rendez-vous tous les cassés de la vie, les abîmés de la société. Lui qui s’attendait à « Vol au dessus d’un nid de coucou, se retrouve en plein Halloween , avec des visages de toutes les couleurs : édentés, fatigués, cicatrisés » sur lesquels on devine toutes les blessures du monde.

Pourtant, le séjour un peu militaire, parfois ridicule se passe plutôt bien. Les malades sont regroupés selon une nomenclature rigide : semaine 1 puis 2…..selon leur date d’arrivée. Les plus anciens ont le plus de privilèges : comme celui de tenir le bar sans alcool ou de sortir en ville : enfin plutôt un village à l’unique bar où les alcooliques locaux, leurs frères en boisson se méfient d’eux.

Tous ont en commun l’obligation de se soumettre à des séances de psy collectives, et le désir de devenir enfin sobres.  Bien peu pourtant savent qu’ils le pourront, tant le sacrifice est immense et la vie sans alcool trop dure.

La plupart n’ont pas le courage, ou plus la force de se colleter avec la réalité qui les a trop déçus, où trop de leurs rêves se sont perdus. Ceux-là savent qu’ils boiront à nouveau. Parfois le soir de leur sortie, parfois un mois après. Ou jamais. Mais ce serait exceptionnel.

S’il n’y avait pas l’humour, le roman de Thierry Vimal serait un concentré de désespoir à l'état pur. Heureusement, il arrive à trouver drôles les pathétiques efforts de ses compagnons désabusés pour  se sortir de l’enfer.