Céleste

un roman de Martine Le Coz

            

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L'entretien de Martine Le Coz avec 
Brigit Bontour

par Brigit Bontour


UN CHASTE ROMAN D'AMOUR PLEIN DE BRUIT ET DE FUREUR.

Dans Céleste, Martine Le Coz, Prix Renaudot 2001 décrit rageusement une tendre histoire d'amour sur fond de choléra et de malheur absolu.

Il ne faisait pas bon vivre dans un Paris livré au choléra en 1832. La maladie d'une violence inouïe fauche tous ceux qu'elle rattrape.
Heureusement un médecin, le docteur Lodran, un saint laïque comme on n'en fait plus beaucoup se bat comme un damné, contre l'épidémie et parfois même contre les patients qui préfèrent mourir plutôt qu'être soigné par un " noir ". On ne faisait pas dans l'euphémisme à l'époque.
Le choléra ne passera pas par Lodran qui se démène pour sauver tout ce qui a figure d'être humain, même les " pierreuses ", les prostituées de la plus basse caste qui travaillent sur les chantiers. C'est du moins ce qu'il révèle à une jeune fille Céleste folle d'amour pour son héros peu après leur rencontre. Lodran ne doute de rien ni de personne pour sauver l'humanité, allant jusqu'à lui demander de l'aide au chevet de la femme mourante en pleine rue, autour de laquelle les passants font un détour.
La jeune Céleste est certes un peu remuée par " la secousse terrible ébranlant le corps de la pierreuse qui s'ouvrit en deux ". " un flot blanchâtre lui déboula dans les jambes, la flaque puante au sol s'élargit et s'enfonça dans les rainures des pavés ". Pourtant par amour, elle suit le médecin définitivement conquise pour un amour impossible. L'homme étant bientôt accusé de viol par une bourgeoise qu'il a pourtant sauvée, mais veut la peau du " foncé "…. L'idéaliste Céleste l'aimera jusqu'à la mort

Tout le dix-neuvième siècle, raciste, bourgeois, frileux, mais aussi libertaire et généreux semble condensé dans ce roman violent et sauvage. Où passent les figures du peintre Paul Huet et d'Alexandre Dumas, le " gros somptueux ", fascinants de justesse et de sensibilité. Les descriptions de Martine Le Coz sont d'un réalisme à couper le souffle. Les mots les plus crus et les plus durs s'entrechoquent à tel point que le lecteur doit parfois s'interrompre pour reprendre haleine. Aucune description n'est épargnée, aucune horreur suggérée, bien au contraire, mais décrite avec force détails. Comme si la fragile madame Le Coz laissait libre cours à une imagination débridée pour décrire le mal.
Même la pureté de Céleste ne parvient pas à nous faire oublier un seul instant l'épouvantable et injuste destin de Lodran et d'elle-même.
Le roman récompensé par le prix Renaudot est remarquable à plus d'un titre : d'une part, parce-qu' il va à l'encontre de l'écriture actuelle faite de phrases courtes et de descriptions hard. C'est un opéra d'un lyrisme flamboyant mâtiné de classicisme. Zola ou Hugo ne sont pas loin. D'autre part, parce-qu'il est édité par les éditions du Rocher, peu habituées aux Prix littéraires. C'est un ouvrage rare et dérangeant.


Martine Le Coz 
Céleste
Editions du Rocher 
276 pages 19 euros