Respire

un roman de Anne-Sophie Brasme

               (Fayard, 179 p., 12 €)



 

L'entretien de Anne-Sophie Brasme avec Brigit Bontour

par Brigit Bontour


     Pour son premier roman, une jeune fille de dix sept ans, Anne Sophie Brasme explore les ressorts les plus sombres, de l'âme humaine avec candeur et efficacité.

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans. On vit les nerfs à vif.
On prend tout de plein fouet : l'amour, les déchirures des parents, l'amitié.
Surtout l'amitié. Dans le cas de Charlène, l'héroïne de " Respire ", l'arrivée de Sarah qui va devenir son amie à la folie est vécue comme une seconde naissance : enfin elle a quelqu'un qui lui ressemble, quelqu'un qui la comprend, avec qui elle partagera tout.
Dans un premier temps, car très vite les relations entre les deux amies vont se dégrader, puis virer au cauchemar, comme l'avait d'ailleurs prédit Charlène lors de leur première rencontre " dès le premier jour, j'avais senti que cette fille réduirait à néant toutes mes ambitions, mais à cette époque je ne pouvais pas savoir qu'elle ferait bien plus encore ".

respire1.jpg (4339 octets)Et Sarah va humilier Charlène, ne plus lui parler pendant des semaines, lui préférer d'autres amies, revenir vers elle, puis recommencer encore et encore, en affirmant sans cesse : " mais tu es ma meilleure amie ". Elle va la pousser à être le témoin de ses histoires d'amour, la dénigrer en public. En un mot, la détester et l'obliger à faire de même : Ainsi lorsque Sarah sort avec un garçon lors de vacances communes , Charlène note : " je me contentais de les regarder de loin, submergée de haine ". Une haine qui couve à tel point que Charlène finira par la tuer et se retrouver en prison.

Naturellement le destin de Charlène n'a rien à voir avec celui d'Anne-Sophie Brasme, même si le roman est largement autobiographique dans sa description des rapports adolescents, les serments que l'on prête à la vie, à la mort et qu'on oublie sitôt les portes du lycée refermées. Le jeune auteur a en fait concentré tous les tourments réels ou imaginaires d'une ado ordinaire pour décrire les affres d'une mortelle amitié.

L'écriture est classique, mesurée, un peu trop peut-être, dépourvue de folie Mais pas de charme ni de talent. L'histoire existe très fortement à tel point qu'on se demande comment une jeune fille qui n'a rien d'une rebelle assumée a pu aller aussi loin dans les turpitudes de l'âme humaine.
Certains font un rapprochement avec Sagan : c'est à la fois réducteur et faux. Elles n'ont en commun que l'âge et le succès. Si Anne-Sophie Brasme figure déjà sur la liste des meilleures ventes de l'Express depuis trois semaines, il serait maladroit de la cataloguer d'emblée comme successeur ou réincarnation de Sagan. Son roman n'a pas le parfum de scandale qui fit en grande partie la renommée de " Bonjour tristesse ".

Et le plus grand service qu'on puisse rendre à la jeune romancière est de prendre plaisir à lire son roman, de rendre hommage à son talent et d'attendre la suite avec sérénité comme elle-même semble envisager son avenir : d'abord passer le bac, ensuite continuer à écrire et devenir critique littéraire comme Frederic Beigbeder, son idole.
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