Geneviève Brisac
Pour qui vous prenez-vous ?
Editions de l'Olivier, 2001
également paru en poche au Seuil, collection Points roman en 2002

par Anita Beldiman-Moore

Ce recueil de 11 nouvelles relève plus de la conversation ou d'un roman en pointillés, avec ses personnages qui se répondent d'histoire en histoire.
Et ces bouts de vie qui se croisent et se répondent dans un pathétique dérisoire ont comme un écho familier : celui de notre propre vie :

"- Tu as raison comme toujours, dis-je à Francis. Mais quand même, dis-moi que tu m'aimes, et que Maïakovsk reste notre poète chéri.
- Maïakovsk aimait deux soeurs, dit-il. Moi y aque ta soeur
j'aime. Je n'arrivais pas à trouver l'occasion de t'en parler.
Francis se lève et il s'en va. Je regarde à côté de moi la fille abandonnée qui pleure toujours. Comme elle est laide."

Ce ne sont que des agrégats de solitudes qui tournent ensemble tant bien que mal jusqu'à la panne, à la collusion avec la réalité.

"Devant lui, tentant de tenir sa main, assise au pied du lit, j'ai ressenti pour la première fois, et aujourd'hui pour la seconde, que mon amour en quoi je croyais si fort ne valait rien.
Rien face à la colère de partir, rien face à la douleur et à la peur, rien face à sa peur, oui. Des gestes de coton, des mots de paille."

Chacun gère ses peurs comme il peut, avec bonheur parfois, lâcheté souvent. "C'est pénible de vieillir. On est tous de pire en pire."
Les femmes, parce que ce sont surtout des femmes, livrent une bataille meurtrière entre leurs émotions, leurs fantasmes, leurs désirs et une réalité quotidienne et abrasive. Et de cette bataille, de cette somme de peurs et de souffrances, naît une force.

"Les souffrances des autres j'y fais face avec un courage qui m'étonne. [...]
- C'est pour ça qu'on lui a dit de t'appeler, dit [mon enfant] sérieusement. On lui a bien dit que tu consolais tout. Parce que tu n'as peur de rien."

Face à cette foi d'enfant, je continue de croire, moi en écho à Geneviève Brisac, que ce qui fait précisément notre compassion et notre humanité, c'est ce qui fait aussi notre inhumanité : nos peurs.

 

Anita Beldiman-Moore