Marie Desplechin
Dragons
Editions de l'Olivier, 2003
20€

également paru en poche en 2004

par Anita Beldiman-Moore

Sur une petite île bretonne (Batz), là où le ciel rejoint la terre dans une même violence, là où les mythologies païennes se fracassent au barbarisme chrétien, dort un Dragon.

"Chassé de la surface de la terre [par un saint fanatique, Paul Aurélien, le Vengeur de Dieu, ndlr], le Dragon dormait sous elle, enfoui dans les soubassements secrets de la roche. Engourdi par les caresses du Gulf Stream, il attendait son heure en rêvant. Dans le sein du Dragon, qui était femelle, flottait un foetus bleuté. Engendré par Paul Aurélien au cours de sa dernière joute, il était le fruit du combat qui avait brutalement uni, au bord de la falaise, le saint et le lézard."

Sur cette petite île, une ronde de personnages vont vivre ce qui pourrait être le rêve du Dragon, ou alors leurs propres cauchemards personnels, engendrés par leurs petits dragons privés. Entre ceux qui savent depuis longtemps "que la terre allait mourir", ceux qui tournent leurs "investigations furieuses vers le monde", ceux qui trinquent avec un fantôme ("Depuis huit ans qu'il était mort, il n'avait pas trouvé le moyen de partir") dans un café du port, tous, à l'image de Mélanie, craignent le silence et "le fourre[nt] de sucreries".

Marie Desplechin promène ainsi ses personnages, d'une écriture claire et simple qui brasse les pensées des uns et des autres. Et puis, au bout de ces cauchemards, de ces démons intérieurs qui rongent les âmes et les corps, vient la mort attendue, espérée : "Tu sais, avait déclaré Aurélie, la mort, c'est beaucoup plus grave qu'on ne croit." et plus libérateur aussi.

Alors le Dragon peut prendre son envol et la paix revenir : "une fois encore, la lumière revint; Les arches de centaines d'arcs-en-ciel se croisaient dans l'espace limpide. Le regard portait si loin que l'on croyait voir pour la première fois."... jusqu'à la prochaine fois.

 

Anita Beldiman-Moore