Alain Demouzon
Histoires féroces
Nouvelles
Fayard, 2002
Prix TTC : 20€

par Anita Beldiman-Moore

Trente-huit nouvelles récoltées au fil d’un quart de siècle de commandes de journaux ou magazines divers. Entre l’anniversaire d’un tel, les nouvelles de l’été de l’autre et la promotion de telle région bien sympathique, Alain Demouzon a répondu avec humour et sang froid, avec plus ou moins de réussite mais toujours un éclair d’inventivité, à des thématiques improbables et parfois plus comiques que les historiettes pas si innocentes que l’auteur a servi en retour.
L’ensemble a une étrange cohérence au vu des circonstances : la solidarité des pauvres hères aux prises avec une réalité qui les dépasse. Alain Demouzon le raconte lui-même dans l’introduction : « Alors, j’ai relancé sur le chemin de ronces du désarroi ce petit peuple de malfaisants et de malchanceux, de sans-amour et de souffre-douleur, tous liés dans la fraternité barbare de cette étrange chronique. »
Quelques unes sont même de vrais bijoux comme l’histoire de ce bibliophilophile monomaniaque « Le rat de bibliothèque » qui devrait titiller d’un frisson la colonne vertébrale de tous ceux qui empilent autour d’eux les livres commencés, pas finis, à lire absolument…
« Mauvaise donne » encore, ciselée avec la noirceur et la précision d’un petit noir sur le comptoir ou « La balade de Bob Dealer » d’une cruauté poignante, « Meurtres de troisième cycle » que l’on pourrait rebaptiser le prix du LMD ou encore « Photo maton » ou l’échappée belle.
D’autres comme « Changement d’adresse » ou « Peinture au couteau » sont des exercices de style un peu convenus mais c’est aussi ce qu’on attend de la littérature de genre : le respect des conventions, un petit air familier.
Et puis il y a les inclassables, les qui se moquent des frontières : « Interférences » et sa poésie désabusée, « Petit crime rue des Marmousets » qui ravira tous les auteurs en panne d’inspiration et son double inversé version BD avec « Nuit d’encre de Chine ».
Le tout se lit d’une traite jusqu’au cœur de la nuit… férocement.

 

Anita Beldiman-Moore