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J'ai
lu ce livre comme une urgence. Je l'ai lu pendant mes trajets
quotidiens, dès que je devais patienter, assise ou debout
à un guichet. Je l'ai même lu en marchant dans
la rue ce qui ne m'était plus arrivé depuis mon
adolescence (et que je ne recommande à personne à
moins d'avoir une solide assurance civile). Je l'ai lu comme
on respire. Une évidence.
L'écriture
de Marie Nimier est modeste mais immense dans sa familiarité,
son intimité avec le lecteur. Et dans ce livre, où
elle tatône, où elle cherche encore comment raconter
cette histoire trop proche et trop lointaine d'un père
disparu il y a longtemps. Jamais vraiment connu mais si présent
dans des souvenirs trop brûlants.
Et
Marie Nimier avance, page à page, sans jamais se noyer
dans l'ombre portée de ce père mythique mais en
posant à chaque phrase ces questions essentielles qui
m'ont tant touchée :
Que reste-t-il des êtres aimés? Comment survivre
et se construire en (dans?) leur absence ?
Comment être la fille de son père ? Ecrire quand
il a déjà écrit ?
Et
par son écriture poignante mais sans pathos, par sa simplicité
et son honnêteté intellectuelle qui lui fait décortiquer
les mécanismes de l'âme (y compris de son âme
à elle), Marie Nimier, sans apporter de véritable
réponse, nous aide finalement et tout simplement à
vivre avec ces questions.
Anita Beldiman-Moore
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