La Reine du silence
Marie Nimier
Gallimard

par Anita Beldiman-Moore

J'ai lu ce livre comme une urgence. Je l'ai lu pendant mes trajets quotidiens, dès que je devais patienter, assise ou debout à un guichet. Je l'ai même lu en marchant dans la rue ce qui ne m'était plus arrivé depuis mon adolescence (et que je ne recommande à personne à moins d'avoir une solide assurance civile). Je l'ai lu comme on respire. Une évidence.

L'écriture de Marie Nimier est modeste mais immense dans sa familiarité, son intimité avec le lecteur. Et dans ce livre, où elle tatône, où elle cherche encore comment raconter cette histoire trop proche et trop lointaine d'un père disparu il y a longtemps. Jamais vraiment connu mais si présent dans des souvenirs trop brûlants.

Et Marie Nimier avance, page à page, sans jamais se noyer dans l'ombre portée de ce père mythique mais en posant à chaque phrase ces questions essentielles qui m'ont tant touchée :
Que reste-t-il des êtres aimés? Comment survivre et se construire en (dans?) leur absence ?
Comment être la fille de son père ? Ecrire quand il a déjà écrit ?

Et par son écriture poignante mais sans pathos, par sa simplicité et son honnêteté intellectuelle qui lui fait décortiquer les mécanismes de l'âme (y compris de son âme à elle), Marie Nimier, sans apporter de véritable réponse, nous aide finalement et tout simplement à vivre avec ces questions.


Anita Beldiman-Moore