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La fin d'une liaison un film américain de Neil Jordan, |
Dans le Londres des années 40 secoué par les bombardements allemands, un écrivain vit une liaison passionnée avec une femme mariée, Sarah Miles. Un jour, la jeune femme coupe court à leur relation, sans consentir à sexpliquer. A la fin de la guerre, lamant, qui a renoué avec le mari de Sarah, soupçonne lexistence dun troisième homme. Il engage un détective pour découvrir lidentité de ce rival inconnu. Adapté dun roman de Graham Greene, la Fin dune liaison a le courage dassumer son classicisme: un titre sans détours, un scénario solidement construit, des dialogues souvent développés, rédigés dans une langue harmonieuse qui porte la marque de lécrivain, un beau travail de reconstitution historique dans les décors et les costumes, une photographie aux coloris sombres qui saccorde bien au mystère qui plane sur cette histoire. Le film comporte cependant quelques défauts ou longueurs, et ladaptation littéraire alourdit un peu le scénario: la construction en flash-backs manque parfois de clarté, et lillustration cinématographique du jeu des points de vue peut sembler à la fois appuyée et naïve. Quest-ce qui rend ce film malgré tout convaincant? Une comparaison avec le Patient anglais de Anthony Minghella, adapté dun roman de Michael Ondaatje, peut être éclairante. Les deux films ont en commun leur sujet -- le récit dune liaison adultère --, leur époque et la présence, dans le rôle de lamant de lacteur Ralph Fiennes. Grand succès public, le Patient anglais avait toutes les séductions du romanesque: double intrigue amoureuse, circonstances historiques troublées, paysages ensoleillés dAfrique et de Toscane. Sorti beaucoup plus discrètement, le film de Neil Jordan, qui semble en comparaison bien austère, réduit lintrigue à quelques personnages et se concentre sur le comportement mystérieux de son héroïne. Mais ses qualités particulières viennent justement de ce resserrement qui pousse le cinéaste à se consacrer entièrement à ses personnages et à ses acteurs. Autour de la jeune femme gravitent donc deux hommes, lamant jaloux (Ralph Fiennes, élégant et mordant) et le mari (Stephen Réa, à la fois terne et torturé, dont le personnage évoque un Charles Bovary anglais), mais aussi le détective, petit homme scrupuleux et secrètement fasciné par Sarah (Ian Hart, découvert dans Land and Freedom de Ken Loach). Construit dabord autour de très belles scènes damour, le récit dérive ensuite vers le drame mystique; car le rival inconnu nest autre que Dieu, et la foi simpose à lhéroïne comme une maladie foudroyante. Là encore le film a le courage daffronter son sujet, quitte à paraître naïf. On peut se demander ce qui a pu pousser Neil Jordan à adapter ce roman des années 50, dont la problématique peut paraître démodée. Mais la vision que donne Graham Greene de cette rencontre avec la grâce na rien de mièvre, et Neil Jordan a su se trouver un atout maître, qui nest autre que Julianne Moore. On ne dira jamais assez de bien de cette actrice, peu connue du grand public, mais remarquable par lintensité et la subtilité de son jeu: émouvante en vieille fille lunaire dans Cookies fortune de Rober Altman, frémissante et torturée par le remords dans lambitieux Magnolia de Paul Thomas Anderson, elle a pu aussi livrer une composition pleine dhumour décalée dans The Big Lebowski des frères Coen. Dans la Fin dune liaison, son interprétation justifie pleinement lamour que fait naître Sarah chez les trois hommes dont elle croise la route, et le pari que Dieu fait sur elle. Epouse réservée, amante passionnée ou sainte inattendue, elle donne à ce rôle complexe une profondeur captivante. Après Deborah Kerr, interprète dune première adaptation du roman filmée en 1954, Graham Greene ne pouvait trouver meilleure alliée. Le roman de Graham Greene a été réédité chez 10/18. |
Catherine Raucy |