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Bon d'accord, Cannes, c'est très bien. Non, vraiment, c'est
formidable. Nos hésitations et nos "oui, mais, bof...
" sont balayées avec un moment-souvenir comme la rétrospective
qui a inauguré ce 55 ème festival. Et si Cannes est
la vitrine du cinéma du monde, la France en est la patrie
de coeur.
Ceci dit, Cannes, ce n'est pas tout le cinéma. New
York aussi se porte bien, merci. Photogénique et filmée
à gogo (même si les productions bon marché cherchent
à faire illusion en essayant de faire passer les rues bien
léchées de Toronto pour celles de New York et même
si, depuis le 11 Septembre, on efface digitalement les tours sur
toutes les pellicules pour ménager les sensibilités
des spectateurs) New York reste un cadre très prisé.
Mais au-delà du décor, New York est la ville de choix
de nombreux grands noms du cinéma qui y ont élu domicile,
à commencer par la grande trilogie des metteurs en scène
Spike Lee, Woody Allen, Martin Scorcese, et de beaucoup d'acteurs,
avant tout Robert de Niro.
En ce mois de mai, l'acteur vient de mettre tout son poids derrière
l'entreprise du festival de film Tribeca (Tribeca signifie Triangle
Below Canal, Canal étant une rue dans la pointe sud de Manhattan.)
Pour de Niro, il s'agit d'un rêve qu'il caresse depuis 1989,
hésitant, se demandant si le monde a besoin d'un nouveau
festival de films. Depuis le 11 septembre, plus d'hésitation.
Il s'agit de revitaliser la pointe de l'île, de faire revenir
les touristes, de faire marcher les commerces. De Niro est donc
passé à l'action. Timing excellent, puisque huit mois
après le drame, les bonnes volontés sont encore à
peu près intactes, les coffres se sont vite remplis avec
les dons généreux des uns et des autres. Ceux qui
ne pouvaient pas aider financièrement ont offert leurs bras,
leurs fournitures, du matériel, leur plume, de la nourriture.
Bref, le festival a pu démarrer sur les chapeaux de roue.
Toutes les salles autour de Ground Zero où les grues achèvent
d'enlever les décombres des tours du World Trade Center ont
été mises à contribution. Ecoles, annexes de
mairie, les seize salles du complexe United Artists, tous les espaces
possibles sont transformés en salles de projection, en lieux
de rencontre pour de nombreux débats auxquels des acteurs,
des metteurs en scène, des critiques, prêtent leur
concours. Ainsi, Kevin Spacey, Alan Alda, d'autres noms du cinéma
encore qui participent à cette entreprise.
Sur quatre jours, les manifestations vont bon train, que ce soit
les indies (le cinéma indépendant américain,
l'un des plus vibrants et originaux qui soit) la sélection
de grands classiques visionnés à Tribeca pour la première
fois depuis leur restauration (Viva Zapata, G.I. Joe,
bien d'autres) ou les treize films préférés
de Martin Scorcese se passant à New York, depuis La ville
nue de Jules Dassin et Le faux coupable de Hitchcok jusqu'à,
noblesse oblige, Manhattan de Woody Allen. Des dizaines de
films de nationalités diverses sélectionnés,
des grandes productions inaugurées ici, des documentaires
qui font parler d'eux (comme La Tropical, filmé en
un spectaculaire noir-et-blanc par David Turnley, sur un club de
danse pour les gens de couleur dans le barrio cubain) des animations
originales (comme le film du metteur en scène, écrivain,
dessinateur, compositeur espagnol, Luis Eduardo Aute, Un chien
nommé douleur, sept histoires fantasmagoriques sur des
peintres, dans lequel Trotsky n'est pas assassiné par Ramon
Mercader mais par Diego Rivera, jaloux de sa liaison avec Frida,
dans lequel Miro observe un mannequin se brisant sur une plage et
Bunuel monte en avion avec Gala...)
Le vendredi soir, au grand concert de Battery Park, sous un ciel
serein, avec deux immenses ballons blancs illuminés se balançant
entre les arbres comme deux lunes fragiles, la foule bon enfant
se pressant pour entendre Wyclef Jean ou Sheryl Crow, Bob de Niro
présentant son bon ami Robin Williams qui se lançait,
déchaîné, dans des histoires inénarrables,
aux antipodes de sa guimauve habituelle, on pouvait presque se croire
revenu à des temps meilleurs. Jusqu'à ce que, levant
la tête, on rencontre le vide là où, hier encore,
se dressaient les tours.
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