ban_cinema.gif (1262 octets)                        par Catherine Raucy

Une photographie de Catherine Merdy

Une photographie de Catherine Merdy


Paris je t’aime

Dix-huit réalisateurs disent I love you à Paris.

Par  Michel Ostertag

 

Sommaire 'Cinéma' 

 

Le concept est des plus originaux.

Pensez ! Demander à des réalisateurs, nationaux et étrangers, tous différents dans leur manière de concevoir un film, de réaliser une courte histoire d’amour d’une durée de cinq minutes pour illustrer, dans un film collectif, un quartier de Paris…

On doit ce film à deux réalisateurs, Emmanuel Benbihy et Claudie Ossard qui est la productrice de 37° 2 le matin, Delicatessen et Amélie Poulain. Leur vœu était de montrer un autre visage de Paris à-travers des histoires d’amour, des histoires de tendresse, de bizarreries, de rencontres ayant pour décor naturel un quartier de la capitale : La Bastille, le Marais, la Madeleine, les Tuileries, Montmartre…

La tendresse, bien évidemment, mais aussi l’humour, l’étrangeté, le burlesque, le sous-entendu, la cruauté de la vie de tous les jours, tous ces thèmes se donnent rendez-vous dans ce film.

La qualité - et c’était là le principal écueil - risquait d’être fortement inégale entre un film des frères Coen et un autre d’un réalisateur à la notoriété plus faible. Ici, ces différences de qualité se voient sur le moment : si la courte histoire se termine sans cette petite flamme qui reste en nous quand la dernière image s’estompe pour laisser la place à l’histoire suivante, si cette traînée poétique est absente, l’effet est raté. Mais dans l’ensemble ça fonctionne plutôt bien et nous restons sous le charme le plus souvent.

À mes yeux, la première des qualités de ce film, c’est Paris. La ville la nuit, Paris et ses toits, ses ciels, ses coupoles, ses terrasses, son métro, ses arrières-cours, les gens, la foule, la tombée du jour, toutes ces ambiances qui donnent à Paris tant de charme. Le film avec Juliette Binoche est, pour moi, le plus représentatif : un quartier, la nuit, avec ses fantasmes de l’enfance, un personnage de westerns sur son cheval qui redonne vie, pour un court moment, à une place déserte afin qu’un enfant mort revienne vers sa mère… Ce film fait penser aux rêves que nous avons tous faits avec pour décor une rue que nous avons habitée, en pleine nuit, où tout est désertique, silencieux et nous qui déambulons, un peu comme un fantôme…

Pour le tournage de ce film les règles étaient particulièrement strictes : un tournage de deux jours et deux nuits pour une durée de cinq minutes.

Parmi les participants à cette œuvre, on trouve du beau linge ; jugez par vous-même : Gérard Depardieu, Fanny Ardant, Juliette Binoche, Bruno Podalydès, Ludivine Sagnier, Sylvain Chomet, Ben Gazzara, Gena Rowlands et parmi les réalisateurs : les frères Coen, Wes Craven, Isabelle Coixet, Walter Salles…

L’idée qu’on doit retirer de ce film est que Paris montré ici est comme dépouillé de son côté ville tournée constamment vers son passé, cartes postales et tourisme en rangs serrés…mais plutôt une ville au cœur de la vie d’aujourd'hui, qui ose montrer la part hétéroclite de sa population avec ses mélanges sociaux, ses cultures générationnelles, son insécurité ; ainsi, on peut dire que ces réalisateurs nous donnent envie de réinventer notre regard sur la capitale, ils semblent nous dire de quitter cette morosité qui nous caractérise depuis quelques années : Voyez sans complexe les multiples facettes si attachantes de votre ville et qui en fait sa vraie richesse !

Ce film a fait l’ouverture, au Festival de Cannes, de la sélection « Un certain regard »

Dernière chose : Le concept est tellement séduisant qu’il devrait faire école : on parle que les villes de New York et Tokyo s’apprêtent à mener pareille réalisation.

Paris, une nouvelle fois, indique la route !

Site à consulter : www.lafabriquedefilms.fr


Michel Ostertag